Destinations : Rassemblement national sur les cultures et le tourisme autochtones Rapport final

Table des Matiéres

Contexte et objectifs

Le Rassemblement national sur les cultures et le tourisme autochtones est le deuxième d'une série de trois rencontres nationales organisées par l'honorable Sheila Copps, ministre du Patrimoine canadien, dans le but de faire participer les communautés autochtones du pays à un dialogue sur d'importantes questions liées à l'expression artistique, aux cultures, au tourisme et au savoir traditionnel. Ces rassemblements aideront à élaborer et à améliorer les politiques, les programmes et les services pertinents qui répondent aux besoins des Autochtones. Patrimoine canadien s'engage à tirer parti des discussions et des résultats des rassemblements nationaux pour susciter des changements organisationnels au sein du portefeuille de Patrimoine canadien et à établir un plan d'action ministériel sur les questions liées aux arts, au tourisme et au savoir traditionnel autochtones.

Le Rassemblement national sur les cultures et le tourisme autochtones s'est penché sur les liens entre le soutien, la célébration, la pérennité et la promotion des cultures et du tourisme autochtones au Canada. Il a fourni une tribune réunissant des intervenants clés du portefeuille de Patrimoine canadien et des entrepreneurs touristiques, des artistes, des traditionalistes, des universitaires, des jeunes autochtones et d'autres représentants officiels afin de discuter de l'appui que doivent accorder les communautés autochtones à la prise en main de la représentation de leurs cultures dans un contexte touristique, et de la façon dont le tourisme peut soutenir le bien-être à long terme des collectivités et de leurs cultures.

Grâce au Rassemblement national, les participants ont eu nombre d'occasions de nouer des liens, de parler de pratiques exemplaires, de mieux connaître l'aide offerte par les ministères et organismes fédéraux, de lancer des idées sur les possibilités et les stratégies de changement et d'avoir de franches discussions sur des questions importantes. Pour le portefeuille de Patrimoine canadien, le Rassemblement a favorisé une meilleure compréhension des liens entre le mandat et l'appui au tourisme autochtone.

ORGANISATION DU RASSEMBLEMENT

Le Rassemblement national sur les cultures et le tourisme autochtones s'est déroulé du 1er au 3 décembre 2003, à Whistler (Colombie-Britannique). Il a rassemblé 400 délégués représentant des partenaires clés du portefeuille de Patrimoine canadien, des exploitants d'entreprises touristiques autochtones, des artistes, des traditionalistes, des universitaires, des jeunes et d'autres représentants officiels.

La participation au Rassemblement était sur invitation seulement. Les délégués ont été choisis par le ministère du Patrimoine canadien en étroite collaboration avec un conseil consultatif autochtone afin d'assurer la représentation proportionnelle de chaque province et territoire, une participation équilibrée des Premières nations, des Métis et des Inuits, et la participation d'un grand nombre de personnes actives dans divers secteurs de l'industrie touristique autochtone. Afin de donner à ces discussions l'auditoire le plus large possible, le Rassemblement était diffusé sur le Web; on peut le trouver à http://www.destinations.gc.ca.

Afin d'encourager le dialogue et la discussion, le ministère du Patrimoine canadien a demandé à des auteurs autochtones travaillant dans les domaines de la culture et du tourisme et ayant différents points de vue de rédiger des documents de discussion. On a posé à certains d'entre eux la question suivante : « Quel est le lien particulier entre la promotion, la mise en valeur et la préservation des cultures autochtones, et l'industrie du tourisme? » À d'autres, on a demandé d'examiner le thème de l'une des six réunions en petits groupes en gardant cette question à l'esprit.

Le Rassemblement proposait aux participants divers ateliers et réunions en petits groupes qui se sont tenus selon le mode traditionnel, structure élaborée par l'aîné Reg Crowshoe. Les six thèmes des réunions en petits groupes portaient sur divers sujets relatifs à la culture et au tourisme autochtones : Arts et traditions culturelles, Définition de l'expérience culturelle, Tourisme, culture et communautés autochtones, Traditions et commercialisation, Sport, culture et tourisme, Accueil et hébergement culturels. Les recommandations issues des réunions ont été communiquées au ministère du Patrimoine canadien sous forme de ballot cérémoniel.

Tous les aspects du Rassemblement ont été préparés en étroite collaboration avec le Conseil consultatif autochtone composé de porte-parole des Autochtones de toutes les régions du Canada actifs dans les domaines de la culture et du tourisme. Parmi ses membres, on compte Richard Krentz (C.-B.), l'aîné Reg Crowshoe (Alberta), Reina Sinclair (Saskatchewan), Dwayne Hounsell (Saskatchewan), Darrell Brown (Manitoba), Rosa Walker (Manitoba), Roberta Jamieson (Ontario), Allan Luby (Ontario), Michèle Audette (Québec), Suzy Basile (Québec), Pam Ward (Nouveau-Brunswick), Meta Williams (Yukon), Louis Tapardjuk (Nunavut), Philippe Doré (Patrimoine canadien, président), et le sénateur Laurier LaPierre.

Résumé des recommandations

Divers conférenciers ont pris la parole au Rassemblement, et les participants ont entendu parler de cas de réussite, ont fait part d'expériences de leurs communautés et se sont mis d'accord sur des questions allant du besoin d'établir la propriété du savoir traditionnel à l'importance de la transmission de la culture au sein des collectivités. Ils ont cependant souligné qu'il n'y a pas de solution universelle aux défis qui attendent les communautés inuites, métis et des Premières nations, et qu'il faut se garder de considérer ces questions sous un angle panautochtone. Un grand nombre des échanges du Rassemblement ont porté sur les préoccupations liées à la protection des ressources culturelles, traditionnelles et du patrimoine. Cette question, aussi importante que pertinente, servira de base à l'élaboration de la série de rassemblements proposée par Patrimoine canadien qui portera sur le Savoir traditionnel.

Les divers ateliers, discussions en groupe et échanges ont donné lieu aux principales recommandations ci-dessous, regroupées selon les thèmes les plus fréquemment mentionnés. Patrimoine canadien s'engage à étudier attentivement ces recommandations et à élaborer avec ses partenaires fédéraux les stratégies permettant leur mise en oeuvre. Nombre d'entre elles correspondent au mandat du portefeuille de Patrimoine canadien, certaines sont du ressort d'autres ministères et organismes, et d'autres, comme l'ont reconnu de nombreux participants autochtones, relèvent de leurs communautés.

Thème 1 -- Transmission culturelle : les aînés et les jeunes

  • Élaboration de stratégies pour la protection et l'enrichissement des langues autochtones.
  • Mise sur pied et soutien de centres culturels où les communautés peuvent se réunir et enseigner leurs arts traditionnels.
  • Élaboration de mécanismes afin que la transmission culturelle devienne une responsabilité collective au sein des communautés.
  • Intégration des aînés, des membres de la collectivité et des jeunes à toute initiative culturelle et touristique.

Thème 2 - Savoir traditionnel : définition de la culture et propriété culturelle

  • Élaboration d'un code de déontologie culturelle à l'intention des jeunes désireux de se lancer dans l'entrepreneuriat touristique, afin de déterminer quelles pratiques culturelles on peut partager ou non.
  • Inclusion de références aux codes de déontologie culturelle dans toutes les demandes de subvention, à tous les ordres de gouvernement, afin de s'assurer qu'elles satisfont aux protocoles des communautés.
  • Consultation des aînés comme propriétaires des institutions culturelles et de la propriété intellectuelle.
  • Création d'un conseil, d'une commission ou d'un sénat des aînés qui déterminerait les mécanismes de protection ou de partage du savoir traditionnel (cérémonies, lieux sacrés, langues, chants, etc.), l'authenticité, les stratégies de commercialisation et les normes écologiques.
  • Détermination de critères explicites au chapitre des droits d'auteur, de l'image de marque et des certificats d'authenticité des produits et services des Premières nations et des Inuits.
  • Fixation de prix équitables pour les articles vendus par les communautés.

Thème 3 - Besoins en matière de commercialisation

  • Élaboration de mécanismes d'échange de pratiques exemplaires.
  • Définition des liens entre le client, l'hôte et le lieu d'accueil.
  • Mise en oeuvre de stratégies de commercialisation communes.
  • Complémentarité des manifestations sportives et du tourisme.
  • Élaboration de saines pratiques commerciales, avec l'aide de professionnels au besoin.
  • Présence sur Internet et examen des possibilités offertes en matière de commercialisation.
  • Utilisation de la technologie, comme les sondages par Internet, pour joindre les consommateurs passés, actuels ou futurs. rassemblement national sur les cultures et le tourisme autochtones

Thème 4 - Éducation, formation et mise en valeur du potentiel

  • Étude des stratégies de financement de la formation professionnelle continue.
  • Recours à la technologie, le cas échéant.
  • Création de projets destinés aux jeunes Autochtones afin de soutenir leur désir d'apprendre et d'encourager leur pleine participation aux processus.
  • Examen de stratégies en matière de financement gouvernemental des musées autochtones et de rapatriement des objets culturels.
  • Exploitation d'occasions comme les Jeux olympiques de 2010 afin que les communautés autochtones laissent un legs durable.

Thème 5 - Intégrité en matière d'environnement

  • Reconnaissance du rôle important joué par l'environnement dans la vie des Autochtones depuis toujours.
  • Intégration du respect de l'environnement à tous les projets touristiques et culturels.
  • Promotion de communautés en santé grâce à l'écotourisme.

Thème 6 - Partenariats

  • Appui des partenariats en liant les ressources humaines et financières aux collectivités.
  • Diffusion et application des pratiques exemplaires en matière de partenariats.
  • Recours efficace à la technologie.

Cérémonie d’ouverture – 1er décembre

Aux sons des tambours, des chants et des danses, les représentants des Premières nations Lil'wat et Squamish souhaitent la bienvenue sur leurs territoires traditionnels aux participants, dans le cadre d'une cérémonie suivie d'une bénédiction par les aînés. Les Lil'wat et les Squamish, explique le chef héréditaire Squamish Ian Campbell, sont deux nations distinctes qui vivent en harmonie depuis de nombreuses générations. Le chef Lil'wat, Leonard Andrew, et le chef Squamish, Gibby Jacobs, accueillent les participants au Rassemblement en leur souhaitant de fructueuses discussions.

Le sénateur Laurier LaPierre remercie les nations hôtes et souhaite la bienvenue à toutes et à tous au nom de l'honorable Sheila Copps, ministre du Patrimoine canadien. Il indique que le Rassemblement national sur les cultures et le tourisme autochtones est un événement exceptionnel qui contribuera à tracer le chemin vers un avenir dynamique pour les collectivités autochtones et à cerner de nouveaux débouchés pour la jeunesse autochtone. Décrivant le Rassemblement comme un rapprochement historique, il est convaincu qu'il débouchera sur des solutions concrètes.

La sous-ministre du Patrimoine canadien, Judith LaRocque, remercie les nations hôtes et le Conseil consultatif autochtone qui ont collaboré avec le Ministère à l'organisation du Rassemblement. Le Conseil consultatif était composé de Richard Krentz (C.-B.), Reg Crowshoe, aîné (Alberta), Reina Sinclair (Saskatchewan), Dwayne Hounsell (Saskatchewan), Darrell Brown (Manitoba), Rosa Walker (Manitoba), Roberta Jamieson (Ontario), Allan Luby (Ontario), Michèle Audette (Québec), Suzy Basile (Québec), Pam Ward (Nouveau-Brunswick), Meta Williams (Yukon), Louis Tapardjuk (Nunavut), Philippe Doré (Patrimoine canadien, président), et le sénateur Laurier LaPierre. Madame LaRocque remercie en outre les aînés de leur présence au Rassemblement et évoque sa participation au premier Rassemblement national sur l'expression artistique autochtone qui a suscité une somme considérable d'énergie, de créativité et de passion. Elle est convaincue que le rassemblement de cette année produira le même effet.

Séance plénière d'ouverture - 2 décembre

Les chefs héréditaires Squamish Bill William et Ian Campbell, accompagnés de membres de la Nation Squamish, ouvrent la seconde journée du Rassemblement par un chant d'hiver sacré, adapté par les aînés pour être chanté en public.

Après avoir remercié les aînés et les nations Squamish et Lil'wat qui accueillent le Rassemblement sur leur territoire, les deux maîtres de cérémonie, la chef Roberta Jamieson des Six Nations of the Grand River et Alan Latourelle, directeur général de l'Agence Parcs Canada, souhaitent la bienvenue aux délégués.

La chef Jamieson, membre du Conseil consultatif autochtone du premier Rassemblement sur l'expression artistique autochtone et membre de celui-ci, dit de cette rencontre qu'elle est le fruit d'efforts communs et souligne que Patrimoine canadien a entériné toutes les recommandations du Conseil consultatif du premier rassemblement. Elle espère voir naître un dialogue authentique et assister à des changements institutionnels au sein de Patrimoine canadien. « Il est crucial que le Ministère mette en lumière le rôle joué par les premiers peuples au Canada, déclare-t-elle. Cela donnera un sens de l'histoire à tous ceux qui décident de s'y installer. » Elle ajoute que le mode original d'animation élaboré par l'aîné Reg Crowshoe favorisera une participation authentique au Rassemblement. « Si le processus est intègre, les résultats le seront », conclut-elle, en citant la sous-ministre Judith LaRocque.

La sous-ministre Judith LaRocque exprime la détermination du ministère du Patrimoine canadien à travailler au renouveau des cultures et des langues autochtones. Elle cède la parole au sénateur Laurier LaPierre, historien, journaliste et membre du Conseil consultatif autochtone.

Le sénateur LaPierre exprime sa gratitude à l'assemblée pour son accueil chaleureux et transmet les salutations de l'honorable Sheila Copps, ministre du Patrimoine canadien. Il affirme que les sociétés autochtones sont au coeur de l'identité canadienne et que le tourisme crée des occasions de rapprochement entre les peuples et les nations.

Le sénateur explique ensuite que ce rassemblement contribuera à l'élaboration des politiques et programmes en matière de tourisme du ministère du Patrimoine canadien. Il souligne que l'une des questions à aborder pendant le Rassemblement est la façon dont le tourisme peut contribuer de façon durable au bien-être des cultures et des communautés autochtones. La ministre Copps est résolument en faveur de ces partenariats avec les dirigeants autochtones, rappelle-t-il, car ils permettent de définir de nouvelles façons de renforcer l'autonomie culturelle et économique. Il conclut en disant que la ministre est impatiente de voir les résultats des discussions.

Au moment de conclure ses observations officielles, le sénateur a pris quelques minutes pour avouer avec émotion aux participants ses propres préjugés et l'évolution de son point de vue au fil des années. Il a aussi promis de « ne pas défendre votre culture, mais bien de l'embrasser. » À l'issue de la séance du matin, le chef squamish Ian Campbell, d'autres chefs et aînés et des membres du Groupe consultatif autochtone ont fait une cérémonie afin de reconnaître officiellement les propos du sénateur et de lui rendre hommage pour son courage et son honnêteté. « Merci de vous être tenu debout devant l'ensemble du Canada et d'avoir reconnu que nous pouvons tous croître et apprendre », a déclaré Campbell au sénateur. « La réconciliation est un processus de paix et d'ouverture d'esprit. » Ces événements marquent un point tournant pour les participants dans la mesure où ils réaffirment que leurs voix sera à la fois entendue et respectée.

Mot d'ouverture de Gerald McMaster, conférencier principal

« Nous sommes assemblés ici aujourd'hui non seulement pour échanger des vues sur la manière d'attirer les touristes amateurs de culture, mais aussi de leur raconter des récits authentiques et exacts. »

Gerald McMaster

Gerald McMaster parle de son expérience personnelle à titre de sous-directeur adjoint des ressources culturelles au National Museum of the American Indian de la Smithsonian Institution. Il compare les musées à des conteurs, mais précise qu'ils ne fournissent qu'une introduction générale à l'histoire et aux cultures des Autochtones. Il reconnaît que le tourisme peut donner aux Autochtones des occasions de raconter leur propre histoire, mais souligne aussi les défis que cela représente lorsqu'il faut définir l'authenticité et la propriété tout en reflétant fidèlement la diversité et la multiplicité des voix autochtones.

M. McMaster décrit les effets dévastateurs des politiques d'assimilation sur les peuples autochtones, rappelant qu'un nombre considérable d'objets culturels ont alors perdu leur signification et leur valeur et sont devenus des objets de curiosité dans des collections publiques ou privées. Il évoque les nombreuses scènes de rapatriement, les aînés qui prenaient ces objets perdus dans leurs mains, leur parlaient et exprimaient leur joie de les voir revenir chez eux. Grâce au rapatriement, ces objets ont retrouvé leur signification et leur fonction d'origine.

Il parle ensuite de l'importance d'une « voix autochtone » dans les musées où celle des « non-Indiens » a toujours dominé les discussions sur les peuples autochtones. À présent, de nouvelles voix se font entendre, celles d'Autochtones intéressés par les questions contemporaines. Les peuples autochtones, simples informateurs pendant trop longtemps, sont maintenant reconnus comme des experts de l'information qui les concerne.

M. McMaster explique ensuite que les cultures des peuples autochtones ne s'expriment pas seulement dans les arts et l'artisanat, mais par la perpétuation de valeurs comme la prise de décision par consensus, le lien avec la terre, la volonté de partage, la tradition des aînés et des familles élargies. Il rappelle que l'identité est un élément très fragile dans les époques de changement, et que les individus et les communautés doivent concilier des identités multiples et souvent antagonistes. « L'Indien type n'existe pas, ajoute-t-il. Nos cultures et nos expériences sont extrêmement variées. »

Séance plénière : Établir des liens

« J'espère sincèrement qu'à la lumière de nos discussions, nous serons mieux en mesure d'évaluer l'incidence du tourisme sur la survie de nos cultures. »

Guylaine Gill

Guylaine Gill

Guylaine Gill souligne l'importance du Rassemblement et du rôle qu'il pourrait jouer pour l'avenir du tourisme autochtone au Canada. Elle illustre les réussites et les défis qui attendent le tourisme autochtone en décrivant ses expériences des quinze dernières années au sein de la Société touristique des Autochtones du Québec (STAQ).

Dès le début, la STAQ a vu dans le tourisme autochtone une occasion de promouvoir le bien-être et l'identité culturelle des collectivités. Si la protection de la culture passe par sa pratique, le tourisme représente alors un bon moyen de la soutenir. Mme Gill est convaincue que le tourisme - organisé correctement - constitue une approche très prometteuse pour développer les collectivités et résoudre des problèmes économiques, sociaux et politiques qui perdurent. Bien qu'il ne soit pas l'activité commerciale la plus lucrative, le tourisme peut permettre de revitaliser tous les secteurs d'une communauté. Le tourisme autochtone peut également fournir nombre de débouchés aux jeunes et contribuer à les rendre fiers de leur culture.

Grâce à la STAQ, bien des choses ont été accomplies, notamment en matière de développement d'activités culturelles appropriées, d'élaboration de normes, de formation et de promotion. Des partenariats ont été noués avec des organismes provinciaux et fédéraux, et l'effectif s'est accru : la STAQ est devenue la voix du tourisme autochtone au Québec. Tout s'est effondré cependant lorsque le financement a cessé en 2002. Depuis, la plupart des activités ont cessé et l'organisme se débat pour survivre. Mme Gill est certaine que les mesures nécessaires pour rendre justice aux premiers peuples du Canada se trouvent dans les recommandations de la Commission royale sur les peuples autochtones : nul besoin de tout reprendre à zéro, il suffit d'appliquer ces recommandations. Selon elle, il est impossible de conceptualiser pleinement la diversité culturelle canadienne sans reconnaître les questions fondamentales auxquelles font face les peuples autochtones, particulièrement celles qui touchent l'identité, l'histoire et la politique.

Mme Gill salue l'engagement de Patrimoine canadien dans le processus que représente le Rassemblement national, et celui des peuples autochtones dans son organisation. Elle souligne le fait que la rencontre et la création du Comité consultatif autochtone de Parcs Canada constituent des étapes importantes de l'harmonie et du respect entre cultures différentes.

Peter Irniq

L'aîné Peter Irniq, commissaire du Nunavut, décrit son éducation traditionnelle dans une communauté inuite et rappelle qu'il est né dans un igloo du cercle arctique. Les années cinquante ont vu l'arrivée des missionnaires, des négociants et des cartographes dans les collectivités nordiques, et les Inuits se sont mis à sculpter et à exporter leur art.

La sculpture est devenue le produit culturel inuit d'exportation par excellence. La propre mère d'Irniq était une sculpteure renommée qui a enseigné son art à ses enfants. Les Inuits ont fini par s'apercevoir qu'en mettant autant d'accent sur la sculpture, ils n'exploitaient qu'une fraction des produits culturels qu'ils pouvaient partager avec le reste du monde. Bien d'autres aspects de la culture inuite sont uniques, selon Irniq. « Notre passé nous accompagne encore et nombre de gens veulent nous rendre visite pour en faire l'expérience. »

M. Irniq souligne le besoin d'axer le tourisme sur les aspects traditionnels et contemporains de la vie des Inuits. Il souligne également l'importance de trouver des façons de promouvoir le tourisme qui sont compatibles avec la culture, par exemple en permettant aux touristes de découvrir les modes de vie inuits tout en les informant des défis actuels qu'ils ont à relever.

C'est avec une grande fierté qu'il parle de ce que les Inuits ont à offrir aux visiteurs canadiens et étrangers. Il conclut en évoquant trois aspects qui devraient favoriser la promotion du tourisme autochtone : les Autochtones doivent être fiers de leurs cultures et enseigner aux jeunes à comprendre et à apprécier leur patrimoine, il faut partager le savoir, et il faut commercialiser l'expérience touristique en milieu autochtone de manière à promouvoir la culture et à susciter la curiosité des touristes.

Brièvement, il évoque également son engagement au sein du Comité consultatif autochtone de Parcs Canada, qu'il décrit comme un programme novateur qui devrait améliorer les relations de travail avec l'organisme et permettre aux Autochtones de promouvoir leurs collectivités. En conclusion, il affirme que c'est un très bon modèle qui devrait servir dans d'autres secteurs du gouvernement.

Jacques St. Goddard

Jacques St. Goddard, propriétaire de la galerie Plains de Winnipeg, décrit l'expérience acquise en travaillant avec des artistes visuels et dramatiques au Manitoba. Il souligne que les années 1960 ont marqué un tournant pour l'art autochtone, car nombre de communautés ont commencé à redécouvrir leur culture. La première génération d'artistes, comme le Groupe des sept Autochtones, a eu une influence majeure sur les générations suivantes. On enseigne maintenant ouvertement les chants et les danses, sans crainte de représailles.

Cela a déclenché un renouveau artistique et de nombreux artistes ont redécouvert leur culture et ce qu'ils pouvaient en faire. Des groupes se sont mis à voyager au Canada et à l'étranger pour présenter l'art et la culture autochtones, mais ils se sont heurtés à une foule d'idées fausses et de stéréotypes bien ancrés. Même si l'intérêt manifesté pour la culture autochtone est grand, il y a également un risque que certains la commercialisent à outrance.

M. St. Goddard parle du manque de collaboration entre communautés autochtones du Manitoba et du besoin d'avoir un centre culturel autochtone dans cette province. Il souligne le rôle qu'un tel centre jouerait pour stimuler la participation à la culture et aux arts autochtones. Il indique le besoin de collaborer à des projets et d'enseigner les traditions autochtones aux jeunes et à l'ensemble de la collectivité. En conclusion, il rappelle que les artistes ont besoin de soutien pour présenter des demandes de subvention, faire la mise en marché des arts et documenter les traditions autochtones.

Sous-groupe A : Arts et traditions culturelles

« On m'a enseigné que le masque parlerait. À qui s'adressera-t-il s'il reste accroché dans une boutique. »

Objectif

Cette séance est consacrée aux liens entre le tourisme et le soutien des arts et des techniques traditionnels, et aux questions d'authenticité et de propriété des récits et des traditions.

Résumé

La majorité des participants s'inquiètent de la situation actuelle concernant la transmission intergénérationnelle des arts et des traditions culturelles au sein de leurs collectivités. Nombre d'entre eux soulignent l'importance de définir ce qui peut ou ne peut pas être partagé dans un contexte touristique, comme première étape. On enjoint les collectivités à élaborer leurs propres normes de protection culturelle. Certains participants estiment que le rôle du gouvernement fédéral devrait se limiter à contribuer au financement de centres culturels, et ne pas concerner la prise de décisions finales ou l'élaboration des politiques. On discute de la création d'un comité d'élaboration des normes qui inclurait des aînés, qui serait un processus de coopération et d'évaluation des propositions par les pairs, et qui mettrait l'accent sur l'éducation des consommateurs plutôt que sur la législation. Il pourrait également établir les critères d'authenticité de l'art autochtone et promouvoir cette appellation à l'échelle internationale.

Recommandations

  • Mise sur pied d'un conseil ou d'un comité des aînés en vue d'établir des mécanismes de protection ou de partage du savoir traditionnel.
  • Mise en oeuvre de programmes afin de soutenir la transmission des traditions culturelles aux jeunes.
  • Définition du rôle approprié des organismes de soutien comme le portefeuille du Patrimoine canadien et d'autres intervenants fédéraux clés.

Sous-groupe B :
Définition de l'expérience culturelle

« Au Manitoba, il y a trois courants d'expérience culturelle : les cérémonies sacrées, qui appartiennent à la culture, le partage des enseignements traditionnels, qui concerne tout le monde, ainsi que les 'souvenirs' et activités n'impliquant aucune interaction. À long terme, c'est la deuxième catégorie qui a le plus de valeur. »

Objectif

La séance porte sur la façon dont les collectivités définissent les « expériences culturelles » dans le contexte touristique et sur ce qui rend l'expérience culturelle en milieu autochtone unique en son genre.

Résumé

La différence entre les générations dans la façon d'exprimer la culture a été un sujet souvent abordé dans ce cercle. Des participants estiment que les jeunes générations ont des idées différentes sur la façon dont ils veulent exprimer leur culture et raconter leurs récits. De plus, le défi sous-jacent à ce fossé générationnel est le maintien du respect des aînés. D'autres soulignent l'importance des interprètes culturels, indispensables à l'expérience culturelle, qui doivent être bien informés, authentiques, et obtenir l'approbation de la communauté avant de partager le savoir et l'expérience. Les participants reconnaissent l'importance des médias et soulignent le besoin d'une meilleure visibilité des Autochtones à la télévision nationale, afin de préserver les langues et les cultures autochtones dans tout le pays.

Recommandations

  • Élaboration d'un code de déontologie culturelle à l'intention des jeunes désireux de se lancer dans l'entrepreneuriat touristique, afin de déterminer quelles pratiques culturelles on peut partager ou non.
  • Inclusion de références aux codes de déontologie culturelle dans toutes les demandes de subvention, à tous les ordres de gouvernement, afin de s'assurer qu'elles satisfont aux protocoles des communautés.
  • Fixation de prix équitables pour les articles vendus par les communautés.

Sous-groupe C :
Tourisme, culture et communautés autochtones

« Notre Première nation a voulu se lancer dans le tourisme culturel, mais nous avons compris que c'est comme monter dans un canot : il faut y aller lentement et prudemment. »

Objectif

La séance porte sur les incidences du tourisme sur la culture ainsi que sur les défis et les débouchés qu'il représente pour les communautés autochtones.

Résumé

Les participants parlent du défi que représente la recherche d'équilibre entre l'information fournie aux visiteurs sur les cultures autochtones et la protection de l'intégrité culturelle des collectivités. Ils évoquent l'importance du tourisme et examinent des façons d'attirer les touristes dans les communautés autochtones, donnant les musées et centres culturels à titre d'exemples. Les centres culturels peuvent devenir une vitrine pour les artisans locaux et les aînés, et contribuer ainsi à la fierté culturelle. L'éducation des Autochtones et des non-Autochtones par l'entremise des musées profite à tous, mais on souligne en même temps le problème du financement. On aborde également la question des Jeux olympiques d'hiver de 2010. Des délégués mettent l'accent sur la nécessité d'une participation autochtone à cet événement grandiose. Les discussions portent aussi sur le rôle que les aînés et les artistes peuvent jouer dans la présentation des cultures autochtones.

Recommandations

  • Appui aux communautés autochtones dans la définition des aspects de la culture qui peuvent être partagés avec les étrangers et de ceux qu'il faut protéger.
  • Élaboration d'une stratégie afin de présenter plus d'art et d'histoire autochtones dans les musées et les centres culturels de tout le pays.
  • Inventorier les façons de promouvoir les cultures et le tourisme autochtones pour les Jeux olympiques d'hiver de 2010.

Sous-groupe D :
Traditions et commercialisation

« Nous désirons vendre des produits, non des modes de vie. »

Objectif

Les participants cherchent des stratégies d'élaboration de projets touristiques qui préservent et respectent l'intégrité culturelle, tout en assurant la durabilité économique, la conciliation des valeurs traditionnelles avec les exigences de l'industrie et les possibilités de commercialisation des expériences culturelles autochtones à l'échelle locale, nationale et internationale.

Résumé

Les participants reconnaissent que la commercialisation des cultures et des traditions autochtones requiert un équilibre éclairé et délicat entre le partage, la préservation et la promotion. Il est essentiel de respecter l'intégrité des traditions et de relever les défis liés à la définition des éléments des cultures et traditions autochtones qui peuvent être communiqués au grand public et de ceux qu'il faut protéger et conserver au sein des collectivités. Certains expriment leurs inquiétudes car, par le passé, leurs expressions culturelles ont été attaquées et dévaluées par les sociétés non autochtones. Même si les communautés autochtones cherchent de plus en plus à protéger, à promouvoir et à partager leur culture, elles craignent que les pressions économiques internes et l'appropriation culturelle de la part d'exploitants d'entreprises touristiques non autochtones dénaturent l'expression culturelle autochtone.

Recommandations

  • Élaboration d'un processus par lequel les aînés et les communautés traitent de la pertinence de commercialiser des objets culturels, des coutumes, des cérémonies, des lieux sacrés et des langues.
  • Élaboration de mécanismes au sein des collectivités afin d'authentifier et de protéger la propriété intellectuelle et l'expression culturelle (p. ex., Mi'Kmaq Ethics Watch [surveillance de la déontologie mi'kmak], directives des Nations Unies en matière de déontologie).
  • Soutien et encouragement des jeunes à participer à la culture et au tourisme par le mentorat par les aînés et la formation professionnelle.
  • Appui à la formation, à la création d'entreprises, au mentorat, au partenariat et aux programmes de recherche qui favorisent le perfectionnement professionnel dans les collectivités autochtones engagées dans le tourisme.

Sous-groupe E : Sport, culture et tourisme

« Il a appris à pagayer avant d'apprendre à marcher. »

Objectif

Cette séance porte sur la façon de tirer parti des manifestations sportives autochtones sur le plan touristique. Comment les communautés autochtones peuvent-elles tirer profit des activités et des organisations sportives existantes? Quels sont les avantages de ces manifestations pour la vitalité et la fierté culturelles?

Résumé

Les participants traitent de l'importance du sport à titre d'outil de transmission culturelle entre générations et reconnaissent les liens entre le sport et la culture. Les jeunes sont attirés par les manifestations sportives, et les aînés, par les aspects culturels associés aux jeux autochtones traditionnels. La réussite des Jeux autochtones internationaux, des Jeux d'hiver de l'Arctique et de la participation autochtone aux Jeux olympiques tenus au Canada prouve la croissance du marché des sports et de la culture autochtones. Dans ce marché en expansion, les peuples autochtones doivent se définir, et leurs partenaires des secteurs privé et public doivent adopter des attitudes et des pratiques commerciales flexibles. Lorsqu'ils cherchent des partenaires et des commanditaires, les communautés autochtones doivent mieux définir les avantages socio-économiques pour toutes les parties. Selon les participants ayant pris part à la planification, au déroulement et aux activités des Jeux autochtones internationaux et des Jeux d'hiver de l'Arctique, les jeux ont créé un cadre propice aux échanges interculturels et à la fierté des communautés, en plus de nourrir les espoirs individuels de réussite et de stabilité. Pourtant, les obstacles à une participation véritable à la vie sportive canadienne existent bel et bien. Pour susciter davantage l'engagement des jeunes et favoriser la réussite dans les sports et la culture, il faut élaborer des stratégies afin d'améliorer les compétences, la qualité de l'équipement et des lieux, ainsi que le transport dans les régions éloignées et isolées.

Recommandations

  • Reconnaissance du sport comme outil important de transmission du savoir qui suscite l'engagement, l'intérêt et la vitalité.
  • Construction d'infrastructures sportives (patinoires, terrains, gymnases, etc.) et de routes vers les collectivités éloignées et isolées, et entre elles.
  • Recours à des manifestations sportives comme outils de tourisme, et élaboration de mécanismes qui font la promotion d'une participation autochtone accrue aux activités sportives locales, régionales, nationales et internationales.
  • Élaboration de stratégies à long terme en matière de développement, de commercialisation, de communications et de partenariat entre les collectivités autochtones et les secteurs public et privé.

Sous-groupe F :
Accueil et hébergement culturels

« Le tourisme est un lien au développement économique... Comment pouvons-nous garder les retombées financières dans nos collectivités? »

Objectif

La séance est consacrée aux défis particuliers auxquels font face les collectivités autochtones éloignées au chapitre de la création d'expériences touristiques, à l'infrastructure requise pour offrir des expériences uniques en leur genre, respectueuses et avantageuses pour la collectivité, et aux besoins et possibilités de formation et de perfectionnement des jeunes.

Résumé

Les participants conviennent que la création d'un marché touristique viable et dynamique dans les collectivités éloignées et isolées est une tâche difficile quoique enrichissante. Nombre d'entre elles sont situées dans des milieux qui conviennent bien à l'écotourisme, et les aînés possèdent le savoir des traditions culturelles qui favorisent le respect et la pérennité de milieux fragiles et rares. Toutefois, l'accès aux capitaux des secteurs privé et public, au transport sûr et fiable, et à des spécialistes en commercialisation demeure restreint. Les communautés désireuses de développer leur potentiel touristique doivent jouer un rôle prépondérant dans la définition et la préservation d'une esthétique autochtone à la fois fidèle aux traditions et compatible avec les pratiques commerciales contemporaines. En bout de ligne, le développement des activités touristiques est une question de santé et de bien-être à long terme de la collectivité. Avant de prendre des mesures pour répondre aux besoins des visiteurs, il faut garantir aux résidents locaux que toute entreprise touristique est appropriée et utile à la croissance ou à la pérennité de la communauté.

Recommandations

  • Élaboration de mécanismes qui stimulent la diversité de l'expérience autochtone et qui, par conséquent, diminuent les perceptions stéréotypées des cultures autochtones.
  • Accroissement des occasions d'apprentissage entre les aînés et les jeunes afin d'assurer la transmission du savoir traditionnel.
  • Construction d'installations et de lieux d'hébergement appropriés sur le plan culturel et respectueux de l'environnement, qui satisfont aux normes professionnelles en matière de préservation, de protection, d'exploration et de partage de l'expression culturelle autochtone.
  • Élaboration de programmes de formation et création de débouchés pour favoriser l'entrepreneuriat chez les jeunes dans le domaine touristique.

Séance plénière : Pratiques exemplaires du tourisme autochtone

« Nous sommes les premiers peuples de ce territoire. Nous avons travaillé d'arrache-pied pour en assurer la subsistance et continuons à le faire. Ironiquement, nous sommes pourtant les derniers à pouvoir en raconter l'histoire et celle de nos nombreuses grandes nations. Être le dernier peut sembler négatif, mais nous devons en voir l'aspect positif. »

Tim Dedam

Chef Sophie Pierre

Dans sa présentation, la chef Sophie Pierre raconte la création du centre de villégiature de la St. Eugene Mission. Cet ancien pensionnat situé dans le sud-est de la Colombie-Britannique a été transformé en un spectaculaire hôtel par le conseil tribal des Ktunaxa-Kinbasket. « Il nous fallait rendre positif ce qui avait été négatif. Le passé de cet endroit est tragique, mais son avenir peut être différent. Nous avons perdu tant de choses dans ce bâtiment, qu'il nous fallait trouver le courage d'y retourner et de le transformer. »

« Nous possédons un produit unique en son genre. Nous vivons dans un endroit magnifique, mais le monde regorge d'endroits magnifiques. Ce qui nous distingue, c'est la langue et la culture Ktunaxa. Personne, sauf les Ktunaxa, ne peut offrir une authentique expérience Ktunaxa », dit la chef Pierre de ce projet qui emploie 240 personnes et qui est le premier employeur de la région. Le conseil tribal des Ktunaxa-Kinbasket a mis onze ans pour concrétiser ce rêve et passé les quatre premières années à renforcer l'appui de la communauté. Les années suivantes ont été consacrées à présenter cet appui aux secteurs public et privé, et à nouer des partenariats avec les gouvernements et des entreprises. « Les partenariats avec les secteurs public et privé donnent des résultats. Un bon partenariat ne fait que des gagnants, selon la chef Pierre. Reconnaissez la spécificité de votre produit. Respectez les protocoles culturels. Soyez prêts à nouer des partenariats et à prendre des risques raisonnables. Et ne vous diminuez jamais, car votre force réside dans la persévérance », conclut-elle.

Chef Clarence Louie

Chef Clarence Louie des Osoyoos décrit les hauts et les bas de ses expériences commerciales. « Voulant un développement social et économique afin d'améliorer le niveau de vie de notre peuple, nous avons ouvert un terrain de camping en 1984 », explique-t-il. Vingt ans plus tard, chef Louie cite un vignoble, un établissement vinicole, un centre de villégiature et de santé, un terrain de golf, une entreprise de construction, une station-service et un magasin entre autres entreprises commerciales gérées par sa nation, avant de présenter une vidéo sur le centre du désert et du patrimoine Nk'Mip.

Tout au long de sa présentation, il répète qu'il faut « apprendre en visitant des entreprises autochtones. Il faut étudier ce que d'autres Premières nations réalisent, et pas uniquement les réussites, mais aussi les échecs. Pourquoi ont-elles échoué tandis que d'autres prospèrent? Inspirez-vous des réussites et tirez des leçons des erreurs, dit-il. Les Premières nations doivent échanger l'information. Nous évoquons un passé marqué par le partage et devons continuer à agir de la même façon. Mettez vos connaissances et vos expériences en commun; cela profitera à toutes et à tous ».

Chef Louie fait trois recommandations pour garantir la réussite des projets : le gouvernement fédéral devrait établir une carte de tous les centres culturels autochtones, poursuivre la promotion de rencontres de maillage comme le présent rassemblement et augmenter l'aide financière accordée au tourisme culturel autochtone pour lui permettre de prendre son essor. « Nous devons également associer la jeunesse à ces projets, sinon les fruits de nos efforts disparaîtront avec notre génération, prévient-il. Notre histoire n'est pas marquée par la pauvreté. Ne vous contentez pas de dire que vous appuyez le tourisme et le commerce autochtones; soyez-en les clients, des clients fidèles, et soutenez nos produits et entreprises autochtones. »

Tim Dedam

Le dernier conférencier de la matinée est Tim Dedam, initiateur du développement de l'économie touristique de la Première nation d'Eel River Bar (Nouveau-Brunswick), où il a été le fer de lance du projet des Jardins du patrimoine autochtone. « Sur 45 hectares obtenus en négociant avec le gouvernement provincial, nous avons érigé les Jardins du patrimoine autochtone pour enseigner aux visiteurs la façon dont, traditionnellement et même aujourd'hui dans une certaine mesure, nous avons utilisé les plantes pour nous nourrir et nous soigner, et pour fabriquer des outils, des vêtements et des abris », dit-il, ajoutant que le projet est inspiré du Jardin du patrimoine autochtone de la Smithsonian Institution (Washington, D.C.), d'une superficie d'une acre.

Pour les 500 membres de la Première nation Eel River Bar qui vivent sur 90 hectares de terres marécageuses, explique Dedam, ces jardins étaient tout à fait appropriés. Le projet a donné l'occasion à la communauté d'interpréter les plantes dans leur environnement naturel. « Chez nous, la porte est toujours ouverte, et nous accueillons particulièrement ceux qui ont l'intérêt de la communauté à coeur. Nos projets viennent du coeur, et nos décisions nous appartiennent. Tout ce que nous faisons doit recevoir l'aval de la communauté », précise-t-il.

Séance plénière : Regard sur l'avenir

« Le ballot exige de la responsabilité. Les raisons pour lesquelles nous sommes rassemblés ici afin de réfléchir à ces questions liées à la culture et au tourisme, et ce que nous avons regroupé sous forme d'un ballot, exigent que son contenu soit pris très au sérieux et avec dignité. »

Gerald McMaster

Observations finales de Gerald McMaster

Le conférencier principal, Gerald McMaster, ouvre la séance en résumant quelques-unes des questions clées abordées au Rassemblement.

  • La nécessité de rétablir l'échange traditionnel de savoir entre les jeunes et les aînés. Il faut écouter les jeunes, les prendre au sérieux et encourager leur participation active à des manifestations comme celle-ci.
  • Le besoin de définir la limite entre ce qui peut être présenté dans un contexte touristique et ce qui est sacré ou de nature délicate. On a beaucoup évoqué la protection de la culture, car le tourisme entraîne un risque d'exploitation des collectivités. M. McMaster suggère que les communautés, et non les individus, fixent les normes d'authenticité et de partage.
  • Le besoin pour les peuples autochtones de prendre en charge leurs cultures. Il suggère de démanteler le « plafond invisible » afin que les Autochtones puissent s'élever au rang de décideurs dans des domaines comme les prochains Jeux olympiques d'hiver de 2010.
  • L'importance des partenariats a été mentionnée à maintes reprises. Nombre de questions doivent être abordées collectivement par les communautés autochtones, et des liens doivent être noués entre les collectivités et avec les ministères.
  • La dernière question importante concerne la relation entre le tourisme et le savoir traditionnel. M. McMaster rappelle que les conséquences de la perte de la culture sont élevées, mais se demande si on peut légiférer en matière de savoir traditionnel.

M. McMaster espère que les recommandations présentées au Rassemblement seront prises au sérieux. Il souligne que leur importance est illustrée par l'utilisation du ballot traditionnel des Indiens des Plaines proposée par l'aîné Reg Crowshoe.

Il évoque le sens et la valeur du ballot et des quatre aspects du geste, de la langue, du lieu et du chant. Le ballot est considéré comme l'expression ultime du « témoignage », et on le présente à des événements importants qui donnent lieu à des échanges notables.

M. McMaster conclut en disant que la culture a été au coeur du Rassemblement - pas pour la protéger mais pour renforcer ses fondements afin que les Autochtones puissent travailler avec les jeunes, négocier avec les gouvernements et organiser le tourisme avec confiance.

Commentaires de Reg Crowshoe

L'aîné Reg Crowshoe remercie les nations Lil'wat et Squamish de favoriser le dialogue sur leur territoire commun. Il précise ce qu'est le mode traditionnel d'animation en cercle utilisé dans les réunions en petits groupes. Élaboré par Reg Crowshoe, ce processus de consultation unique en son genre favorise le dialogue entre trois types d'intervenants : les participants autochtones traditionnels, les participants occidentaux et les Autochtones familiers avec les deux approches. L'aîné Crowshoe explique que les chants et les prières précédant chaque atelier confirment la légalité des processus. Pour conclure, Reg Crowshoe remercie tous ceux qui ont participé aux réunions en petits groupes dans leurs divers rôles.

Dialogue

Philippe Doré, directeur général des Affaires autochtones à Patrimoine canadien, donne la parole aux participants.

Une participante indique qu'il faut faire preuve de prudence. « Il y a 50 ans à peine, on nous emprisonnait parce que nous pratiquions notre culture, et aujourd'hui, nous parlons de la commercialiser à des fins touristiques. Il est encore trop tôt pour nombre de communautés qui n'ont pas eu assez de temps pour rétablir correctement leur culture et leurs traditions. Nous allons le faire, et il y a une façon d'y parvenir, mais nous devons suivre de stricts principes directeurs. » Ces principes ne se limitent pas à demander aux communautés de s'autoréglementer. Elle mentionne aussi le besoin de coopérer avec le gouvernement. Avant de distribuer des subventions, il faut s'assurer que la collectivité a fait sa part du travail requis.

Une autre participante convient que le message de celle qui l'a précédée est extrêmement important et elle tient à ajouter son point de vue de voyagiste. Elle fait remarquer que bien des entreprises touristiques non autochtones utilisent des images, des récits, des traditions et des éléments des cultures autochtones pour commercialiser leurs produits et se demande pourquoi on les laisse faire. En tant que Métis, elle a beaucoup de mal à offrir un produit authentique dans une telle situation.

Le dernier intervenant souligne que le gouvernement essaie d'apprendre ce qu'est la culture autochtone, alors que lui-même essaie encore de comprendre tout ce que lui ont appris les aînés au cours de sa vie.

Cérémonies de clôture

Sur la scène, des membres des nations hôtes, les chefs visiteurs et d'autres hôtes de marque se joignent au chef héréditaire Squamish Ian Campbell pour la cérémonie de remise du ballot. Balayant le groupe qui l'entoure d'un geste de la main, le chef Campbell déclare : « Voici notre culture vivante, qui respire et prospère, ici même, sous nos yeux. »

L'aîné Reg Crowshoe, le chef Leonard Andrew et le chef Gibby Jacobs remettent officiellement le ballot de recommandations aux sénateurs Laurier LaPierre et Willie Adams, qui l'acceptent au nom du ministère du Patrimoine canadien. Le sénateur LaPierre remercie les chefs, leur disant qu'il est très honoré de recevoir ce ballot et qu'il comprend la portée et les responsabilités qui y sont associées. Il ajoute que nous venons de paver une nouvelle voie à la coopération entre Autochtones et non-Autochtones qui permettra de consolider une nouvelle relation.

Le chef Campbell remercie le sénateur LaPierre pour ses paroles, et les sages et les aînés pour avoir conféré la richesse de leur sagesse au ballot. Il remercie également les participants pour leur sagesse et leur savoir. Il invite ensuite le chef héréditaire Gibby Jacobs et le conseiller Lois Joseph à prononcer quelques mots pour clore la cérémonie au nom des nations hôtes.

Indiquant aux participants que les Lil'wat ont été heureux de les accueillir sur leur territoire, le conseiller Joseph souhaite aux visiteurs un bon retour au foyer. Le chef Jacobs remercie Patrimoine canadien et la ministre Copps pour leur travail dans l'organisation du Rassemblement. « Toutes les personnes réunies sur cette scène représentent la raison d'être de la rencontre : la rencontre de Premières nations, d'Inuits et de Métis. »

Le chef Campbell est le dernier à prendre la parole. Il souhaite un bon voyage de retour aux participants et demande au créateur de veiller sur eux. « Continuez de vous développer et n'arrêtez jamais d'apprendre. Avant de conclure, il ajoute en plaisantant : Nous aurons besoin de votre indien-osité! (ingéniosité). »

Les cérémonies de clôture se terminent par plusieurs prestations de danses, de chants et de tambours traditionnels exécutées par des membres des nations Lil'wat et Squamish.

Manifestations culturelles et célébrations

Exposition culturelle

Une exposition culturelle mise sur pied pour le Rassemblement a permis à chaque province et territoire de mettre en valeur ses produits et services touristiques autochtones. Elle leur a également donné l'occasion de faire du maillage, d'entamer un dialogue et de partager des pratiques exemplaires. L'exposition offrait également un lieu de rassemblement officieux, marqué par un tipi et décoré de cuir d'orignal et de caribou fumé.

Prestations artistiques

Pendant trois jours, le Rassemblement a fourni plusieurs occasions d'illustrer le talent de plus de cinquante artistes inuits, métis et des Premières nations de tout le Canada, invités à se produire sur scène. Les prestations étaient de trois ordres : des spectacles sur les scènes secondaires, un spectacle acoustique et Convergence, spectacle multimédia sur la grande scène.

Prestations artistiques

Spectacle acoustique
Au souper de bienvenue du 1er décembre, George Leach, Leela Gilday, le Red Ochre Band et Amanda Rheaume ont présenté un spectacle acoustique.

Convergence : grande scène
Convergence, spectacle du 2 décembre présenté sur la grande scène, a mis en vedette des talents autochtones de toutes les régions du Canada. Animé par Michaela Washburn et Luc Lainé, il a réuni le Red Ochre Band, Sunsdrum, Richard Lafferty, les Little Toe Tappers, le Leela Gilday Band, Eya Hey Nakoda, la Jill Buckshot Troupe, Drew Hayden Taylor, Taqralik Partridge et Nina Segalowitz, Santee Smith et George Leach.

Scènes secondaires
Pendant les repas et les pauses santé du Rassemblement, on offrait des prestations aux participants sur deux scènes secondaires. On y a applaudi Eya-Hey-Nakoda, la Jill Buckshot Troupe, les Little Toe Tappers, Richard Lafferty et Sunsdrum.

Souper culturel

Le 2 décembre, les délégués se sont retrouvés autour d'un repas préparé sous la direction du chef cuisinier Andrew George, gagnant de plusieurs prix culinaires. Ils y ont dégusté des plats de caribou et de poisson blanc offerts par le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest, et du saumon offert par la Première nation des Soowalre (C.-B.).

Totem: The Return of the G'psgolox Pole

Après la clôture officielle du Rassemblement, les participants ont été invités à une projection spéciale du film de Gil Cardinal intitulé Totem: The Return of the G'psgolox Pole, présenté en collaboration avec l'Office national du film du Canada et le Festival du film de Whistler.

Annexe A - Le mode traditionnel d'animation en cercle

Contexte

Membre du Conseil consultatif autochtone, Reg Crowshoe, aîné et spécialiste des cérémonies de la nation des Péigans (Blackfoot), dirige le centre culturel d'Oldman River. Il a joué un rôle prépondérant dans l'élaboration d'un modèle de médiation interculturel fondé sur le cercle cérémonial traditionnel des Péigans. Ce modèle s'est avéré très efficace pour rapprocher des Autochtones et des non-Autochtones lors de processus de consultation et de prise de décisions. Il est le co-auteur de Akak'stiman: A Blackfoot Framework for Decision-Making et Mediation Processes.

Ce modèle interculturel tient compte de l'existence de façons de penser propres aux Autochtones et aux non-Autochtones. En résumé, il existe deux différences fondamentales entre les pensées autochtone et occidentale concernant le monde : la théorie occidentale de la « domination », et la différence entre les traditions orales et les systèmes d'écriture. La théorie de la domination se fonde sur la croyance selon laquelle les êtres humains tiennent la terre, les animaux et les plantes sous leur domination - notion étrangère à presque toutes les philosophies autochtones. Les systèmes occidentaux de droit et de gouvernement sont écrits, ce qui est fondamentalement différent à maints égards de la tradition orale pratiquée dans nombre de communautés autochtones depuis toujours et encore aujourd'hui.

L'animation en cercle est un modèle de discussion et de prise de décisions fondé sur la tradition des Péigans, qui accorde une égale valeur aux deux approches. Concrètement, elle permet à tous de participer au processus sur un pied d'égalité. Après avoir cerné des parallèles entre les cultures autochtone et occidentale, on a adapté les pratiques et les protocoles traditionnels des Peigans pour répondre aux besoins des participants autochtones et non autochtones. Le processus a été approuvé par le Conseil consultatif comme mode d'animation des réunions en petits groupes du Rassemblement.

Avant la conférence, Reg et Maria Crowshoe ont donné une formation d'un jour et demi aux animateurs bénévoles, au nombre de 18 pour les 18 cercles, soit trois pour chacun des six thèmes de discussion abordés deux fois par jour.

Résultats

On a rapidement constaté la réussite de l'animation en cercle. La plupart des participants ont jugé les réunions en petits groupes efficaces et stimulantes. Comme tous avaient une chance égale de faire part de leurs expériences, de leurs idées et de leurs préoccupations, ils ont été nombreux à sentir qu'on les avait vraiment écoutés, souvent pour la première fois dans le contexte d'une rencontre entre un gouvernement et des Autochtones. Le modèle a été bien reçu par nombre de participants autochtones, car il reflète des notions que l'on trouve dans plusieurs pratiques et enseignements spirituels - d'où la création d'un « lieu protégé » où pouvoir s'exprimer. On a également reconnu et respecté le rôle des aînés au sein des communautés autochtones, et les nations hôtes (Squamish et Lil'wat) ont accordé l'importance requise aux protocoles autochtones pour choisir le lieu du Rassemblement.

Sur le plan symbolique, le cercle traditionnel témoigne aussi d'une nouvelle approche de la part du Ministère. Pendant la préparation et la tenue du Rassemblement, le lourd passé de méfiance a constamment été évoqué à propos des processus de consultation entre les gouvernements et les Autochtones. Les participants et les membres du Conseil consultatif appréhendaient les discussions sur certains aspects culturels (notamment la propriété intellectuelle, la spiritualité et les coutumes traditionnelles) à cause de la portée de ces renseignements pour les individus et leurs communautés. Certains s'inquiétaient de l'utilisation de l'information, une fois le Rassemblement terminé.

Pour répondre à ces inquiétudes, on a adapté le mode traditionnel d'animation en cercle pour parvenir à un consensus sur les grandes questions et les solutions possibles quant au thème que chaque cercle allait aborder. Toutes les propositions ont été compilées par l'animateur et les secrétaires bénévoles des cercles, puis placées dans le ballot qui a été remis en grande pompe au gouvernement, à la fin du Rassemblement.

Les ballots

Traditionnellement, les ballots sont la manifestation matérielle du savoir. Les rites de possession et de transmission d'un ballot intègrent les notions d'autorité et de responsabilité à l'utilisation de ce savoir. En remettant le ballot au gouvernement, on lui remet également la responsabilité de ce savoir. Le symbolisme du geste prouve la résolution du Ministère à répondre aux besoins des collectivités autochtones en matière de participation au processus de consultation. Pour nombre de participants, il a beaucoup contribué à leur satisfaction à l'égard du Rassemblement.

Les ballots

Forme et protocole

Avant chaque séance, les animateurs demandent à des aînés présents de prononcer les prières rituelles ou de se livrer à une cérémonie de purification. En l'absence d'aînés, les animateurs font appel à quelqu'un ayant une expérience de vie ou une responsabilité comparable, lui demandant d'ouvrir le cercle à son gré, par un chant, une prière ou une déclaration liminaire. Dans la culture des Indiens Pieds-Noirs, les aînés sont des « gardiens du savoir » ou des « maîtres »[1]. C'est pourquoi la définition du terme « aîné » n'est pas limitative et peut inclure la diversité des nations autochtones et non autochtones de tout le Canada.

Les participants commencent chaque discussion en petits groupes en s'asseyant sur des chaises qui forment un cercle presque complet. Dans le cas qui nous concerne, le « ballot » est un tableau à feuilles mobiles sur lequel est écrit le thème de discussion qui représente symboliquement la raison pour laquelle on participe à ce cercle. Les animateurs s'assoient à droite du tableau, assumant le rôle traditionnel du spécialiste des cérémonies des Péigans. Cela signifie qu'ils assument la responsabilité de garantir la participation de chaque personne présente dans le cercle.

À droite de l'animateur se trouve l'hôte qui, dans le cas présent, est chef ou membre des Premières nations Squamish ou Lil'wat accueillant le Rassemblement sur leur territoire traditionnel. Le protocole exige leur participation, car il serait irrespectueux de procéder à un cérémonial pied-noir sur le territoire d'une autre nation sans sa participation ou son consentement. Le rôle de l'hôte est de faire un voeu[2] en ajoutant du tabac au ballot, puis de demander à l'animateur d'entamer le processus.

Pour le seconder, l'animateur dispose d'un secrétaire qui tient le rôle du coupeur de tabac traditionnel (qui seconde le spécialiste des cérémonies). Il prend des notes et aide l'animateur à compiler la première série de sujets de discussion adoptée par consensus.

On procède à deux tours de discussion; le premier sert à recenser les grandes questions et les enjeux relatifs au ballot (p. ex., traditions et commercialisation), suivi d'une pause durant laquelle le secrétaire et l'animateur comparent leurs notes afin de cerner les principales questions à traiter. Lorsqu'on s'entend sur ces grandes questions, un second tour sert à déterminer les solutions possibles. Pendant les débats, les animateurs aidés des aînés qui surveillent le processus tentent de concilier le besoin d'entendre les avis et les points de vue de chacun et le temps accordé.

Le mandat se place à gauche du ballot et son rôle est de préciser les responsabilités requises par rapport au thème du ballot. Le mandat est toujours un représentant du ministère du Patrimoine canadien, puisque c'est le Ministère qui a demandé aux participants de s'exprimer en vue d'élaborer ses politiques et programmes. On a communiqué aux mandats toutes les recommandations émises aux séances en cercle, avant de les compiler en un ballot unique.

Annexe B - Résumé complet des ateliers

Venant de partout au Canada, les participants qui représentaient les Premières nations, les Inuits, les Métis, les Ainés, le gouvernement et l'entreprise se sont réunis à Whistler (C.-B.) pour discuter de tourisme et de culture autochtones. Le Rassemblement a commencé par un rituel de bienvenue mené par des membres des Premières nations Lil'wat et Squamish et s'est terminé par une cérémonie de clôture où les chefs Reg Crowshoe, Leonard Andrew et Gibby Jacobs ont présenté officiellement le ballot de la conférence aux sénateurs Laurier LaPierre et Willie Adams.

Au cours de ce Rassemblement de trois jours, tenu en décembre 2003, les participants ont eu l'occasion d'entendre le récit de réussites, de partager leurs expériences communautaires en plus petits ateliers et d'en arriver à un consensus sur un certain nombre de questions allant du besoin de déterminer la propriété de la culture et du savoir traditionnels à l'importance du transfert culturel dans les communautés.

Ils ont toutefois insisté sur le fait qu'il n'y a pas de solutions universelles aux difficultés auxquelles font face les Premières nations, les Inuits et les Métis. Ils se sont gardés de voir ces questions dans une perspective panautochtone et ont souligné que les diverses collectivités, y compris les communautés urbaines et éloignées, en sont à divers stades de leur développement et font face à des défis particuliers.

Le transfert culturel : les aînés et les jeunes

« Chaque année, des aînés meurent, et les jeunes ne veulent pas apprendre comment on place les pièges et on tanne les peaux. Tout le travail qu'on accomplit à l'heure actuelle vise à préparer la génération qui vient. »

Il existe un besoin urgent de transmettre les traditions - et le respect de ces traditions - des aînés aux jeunes.

Les participants ont demandé l'établissement de stratégies pour stopper le fossé culturel qui se creuse de plus en plus entre jeunes et vieux dans un grand nombre de communautés. Ce fossé s'est creusé avec l'apparition des politiques gouvernementales qui ont interdit la tenue de cérémonies telles que le potlatch et placé les enfants Autochtones dans des foyers. Au cours des dernières années, il a été exacerbé par les contacts avec la culture externe et diverses distractions, comme les jeux vidéos et Internet. Comme le disait un des participants : « Pendant 70 ans notre culture était clandestine, puis soudainement nous sommes censés la montrer à ces mêmes personnes. » Quelqu'un d'autre a demandé comment la communauté Métis pouvait faire connaître aux touristes ses riches traditions et son histoire puisque, selon cette personne, ces traditions ont été éliminées pour ainsi dire.

Pour corriger les erreurs faites dans le passé, le financement des centres culturels et des projets linguistiques est essentiel. À mesure que les aînés continuent de vieillir et de mourir, certaines communautés sont laissées sans aucun lien avec leur passé. Seuls les aînés ont la connaissance nécessaire pour comprendre et expliquer ce qu'il faut partager et ne pas partager avec les autres à l'extérieur de la communauté.

La langue est essentielle à l'identité culturelle et fait partie intégrante du transfert culturel. Les langues autochtones doivent être protégées, réaménagées et améliorées. Les participants au Rassemblement ont accueilli favorablement l'annonce de la création d'un groupe de travail devant présider à l'élaboration d'un centre des langues et des cultures autochtones.

Un certain nombre de suggestions ont été formulées pour faciliter le transfert culturel entre les aînés et les jeunes :

  • Protéger, reconstruire et améliorer les langues Autochtones.
  • Établir et maintenir des centres culturels où les communautés peuvent se réunir pour enseigner les arts traditionnels.
  • Faire du transfert culturel une responsabilité communautaire - faire participer toute la communauté.
  • Incorporer le passé, le présent et l'avenir dans toutes les entreprises culturelles et touristiques. Pour les jeunes, l'avenir est particulièrement important.

Savoir traditionnel : définition de la culture et propriété culturelle

« Il est souvent difficile de déterminer ce qu'on peut partager parce qu'un grand nombre de lois et de règlements sur les pratiques sacrées ne sont pas écrites - elles sont plutôt basées sur des histoires familiales ou orales. »

Le savoir traditionnel est le sujet qui a suscité le plus d'intérêt ou qui a favorisé le plus la discussion.

Les participants ont décrit la douleur de voir certains de leurs icônes culturels utilisés de manière inappropriée et leurs artisanats copiés à des fins lucratives, souvent sans leur consentement. « Je m'inquiète beaucoup de la manière dont nous partageons notre savoir traditionnel et maintenons nos secrets », a dit un délégué, se faisant l'écho d'autres appels antérieurs à la préservation des langues et des enseignements culturels.

Au Canada, la culture est une industrie de plusieurs milliards de dollars. Les participants ont fait remarquer que même si le gouvernement canadien reconnaît la valeur de la culture des Premières nations et des Inuits, on pourrait faire davantage pour aider les Premières nations, les Inuits et les Métis à protéger leur savoir traditionnel et à définir leurs droits de propriété intellectuelle.

Le partage est un élément important de la culture autochtone. Toutefois, certaines communautés sont maintenant réticentes au partage. « Je ne suis pas sûr d'avoir la confiance qu'il faut pour partager nos traditions et nos cultures », a déclaré un participant. Quelqu'un d'autre a fait remarquer que dans sa communauté on a le sentiment que tellement de choses ont été dérobées qu'on y a adopté le principe de ne plus partager aucune recette ni aucune connaissance avec des gens de l'extérieur.

Pour de nombreuses communautés autochtones, chosifier la culture est un exercice très difficile puisqu'il peut supposer briser les protocoles. Pour la plupart des communautés, déterminer ce qui peut être dit et ce qui doit rester secret restent un dilemme. Chaque communauté, sous la gouverne de ses aînés, devrait décider de ce qui est sacré, et de ce qui doit être partagé ou mis en marché - en d'autres termes, elle doit identifier, contrôler et maintenir l'intégrité de ses entreprises culturelles. Les participants ont insisté pour dire que l'information concernant les pratiques sacrées doit être distribuée par une source principale, c'est-à-dire, une personne autochtone. Là encore, les jeunes doivent apprendre le caractère sacré des histoires, rituels et objets pour prévenir tout effet nuisible involontaire.

Les participants ont signalé plusieurs communautés qui se sont penchées sur ces questions avec succès. Les Autochtones au Manitoba ont identifié trois sources d'expériences culturelles : les cérémonies sacrées, qui appartiennent à la culture ; le partage des enseignements traditionnels, qui s'applique à tous; et les souvenirs et activités qui ne sont pas interactifs. Les nations Squamish et Lil'wat ont élaboré leur propre protocole selon lequel la communauté est propriétaire de sa culture et un conseil consultatif des aînés se réunit pour lui fournir des lignes directrices. Chaque membre de la nation peut participer au processus décisionnel. On a également parlé des lignes directrices en matière d'éthique du Groupe de travail des Nations Unies sur les peuples autochtones et de la surveillance de la déontologie chez les Mi'kmaq.

Voici quelques suggestions pour tenir compte de ces questions :

  • Établir un code d'éthique culturel pour aider les jeunes qui veulent faire du commerce touristique afin de leur indiquer les chants qu'ils peuvent chanter, les totems à sculpter à des fins de vente, etc.
  • Inclure des références à un code d'éthique culturel dans toutes les demandes de subvention, à tous les ordres de gouvernement, pour voir si les gens ont effectué les vérifications nécessaires dans leurs communautés respectives.
  • Consulter les aînés en tant que possesseurs des institutions culturelles et de la propriété intellectuelle, tout comme on demande la permission avant de chasser ou de naviguer sur le territoire de quelqu'un.
  • Établir un conseil, une commission ou un sénat des aînés pour déterminer des mécanismes de protection et de partage du savoir traditionnel (cérémonies, lieux sacrés, langues, chansons, etc.) de l'authenticité, des stratégies de commercialisation et des normes environnementales.
  • Créer des certificats d'authenticité, de droits d'auteur ou de marquage valables pour les services et produits des Inuits et des Premières nations.
  • Déterminer un prix équitable pour les biens des communautés.

Besoins en matière de commercialisation

« Prendre les produits et non les moyens « de la culture autochtone ». Les participants ont en horreur l'idée d'une nation appauvrie ayant à vendre le calumet de paix pour attirer des fonds. »

Le savoir-faire en matière de commercialisation chez les Premières nations, les Inuits et les Métis varie considérablement. Ceux qui ont beaucoup d'expérience dans ce domaine mettent l'accent sur l'importance d'établir un plan commercial et une stratégie de commercialisation et conseillent aux participants de faire appel à des firmes de marketing professionnelles et à des organisateurs d'activités. On met l'accent sur la promotion, le marketing et les partenariats comme éléments essentiels à la mise en place de pratiques commerciales réussies.

Il importe de bien faire ressortir la valeur d'une activité culturelle ou sportive pour l'ensemble de la communauté lorsqu'on cherche à trouver des appuis pour une initiative ou un partenariat. Un participant a fait remarquer que trop souvent les parrains potentiels ne sont pas en mesure de reconnaître la contribution économique valable que les activités de tourisme sportif autochtone peuvent apporter à la communauté avant qu'il ne soit trop tard et que l'activité se soit déplacée ailleurs. Le milieu des affaires autochtone et non autochtone doit être informé de la valeur des débouchés commerciaux.

Les participants ont suggéré que les Premières nations et les organisations Inuits créent des réseaux par l'entremise des centres du patrimoine. On a proposé notamment d'établir un organisme de regroupement des artistes autochtones visant à promouvoir leur travail, à leur trouver des marchés ou à élargir ces derniers. Établir une marque (ou un ensemble de marques) sera une étape importante en vue d'assurer l'authenticité d'un produit.

Il faudrait miser sur l'important outil de marketing qu'est Internet.

Enfin, les participants ont insisté pour dire que la décision relative aux produits ou services à mettre en marché ne doit pas uniquement être fondée sur le besoin économique d'une communauté. Les pratiques de commercialisation respectueuses font appel aux aînés et aux membres de la communauté afin de parvenir à un consensus.

Un certain nombre de suggestions ont été faites à ce sujet :

  • Établir un mécanisme d'échange des pratiques exemplaires.
  • Définir la relation entre l'invité, l'hôte et le lieu - demander au consommateur ce qu'il désire, et se montrer ferme à propos de ce qui est partagé et de ce qui ne l'est pas.
  • Mettre en marché conjointement.
  • Lier les activités sportives au tourisme de manière complémentaire.
  • Établir des plans de marketing solides et faire appel à de l'aide à l'extérieur au besoin.
  • Établir une présence Internet et explorer les possibilités de marketing sur Internet.
  • Aller vers les clients anciens, actuels et à venir grâce à des moyens technologiques, comme des sondages par Internet.

Éducation, formation et renforcement des capacités

« Les plus jeunes ont un point de vue différent sur la façon de dire leur histoire. »

« En faisant la promotion de la culture, nous devons veiller à garder les choses au présent - ne pas miser uniquement sur le passé. Nous devons nous assurer de ne pas nous « stéréotyper » nous-mêmes comme des êtres du passé, et de nous manifester clairement dans l'avenir. »

Pour que les jeunes puissent profiter des multiples possibilités qu'une industrie touristique dynamique peut offrir, l'éducation et la formation doivent être une priorité. Le renforcement des capacités est essentiel ; il est indispensable d'accroître les possibilités disponibles et de faire en sorte que la formation soit accessible pour combler les postes que créent ces possibilités.

Pour maintenir leur rentabilité, les plus petites communautés notamment ont moins de débouchés et ont besoin d'un meilleur financement. De la même manière, il y a peu de fonds pour assurer la formation sur la culture et le patrimoine des jeunes Autochtones qui vivent dans les grands centres urbains (60 à 65 % de l'ensemble des jeunes).

Les centres de patrimoine culturels et musées peuvent aider à éduquer le grand public canadien et à établir un dialogue pour combattre le racisme et les stéréotypes. Les participants ont signalé que les expositions à propos des Premières nations du Canada doivent être montées et interprétées par les membres des Premières nations. Les musées et centres culturels sont reconnus comme des moyens de faire connaître aux visiteurs d'autres services autochtones dans la communauté (par exemple, les entreprises de tourisme, d'aventures, partisans ou logement), et d'accroître ainsi la demande de ces services.

L'éducation et la formation sont nécessaires pour permettre aux Autochtones de devenir des décisionnaires.

Voici des suggestions relatives à l'éducation, à la formation et au renforcement des capacités :

  • Fournir un financement adéquat pour la formation et l'éducation.
  • Fournir et soutenir une formation professionnelle continue.
  • Utiliser la technologie au besoin.
  • Créer des projets pour les jeunes - profiter du désir qu'ont les jeunes d'apprendre.
  • Faire participer les jeunes au processus, se rappeler qu'ils peuvent avoir une autre manière de raconter leur récit.
  • Fournir une aide financière aux musées autochtones et retrouver des artefacts.
  • Veiller à ce qu'un grand projet, comme les Jeux olympiques de 2010, laisse un legs durable.

Intégrité environnementale

Les participants ont reconnu l'importance que la nature a joué dans la vie de tous les Autochtones. Les Premières nations ont l'avantage d'une longue histoire de gérance environnementale et de respect de la Terre mère. Cela les met dans une position idéale pour miser sur la demande croissante en écotourisme.

Les participants ont insisté pour dire que toute entreprise touristique doit respecter l'environnement et la beauté naturelle du lieu. Certains se disent inquiets de l'exploitation potentielle d'écosystèmes délicats et mettent l'accent sur le besoin d'incorporer l'intégrité environnementale dans tous les plans touristiques.

Faire la promotion de communautés saines est perçu comme un bon avantage marketing - c'est quelque chose qui serait bon pour l'ensemble de la collectivité. « Il est difficile de donner à des enfants une expérience du sacré s'ils ne sont pas propres », a fait remarquer un participant, en priant les membres des communautés de promouvoir des modes de vie sains pour leurs résidents.

Les participants ont fait ressortir plusieurs idées :

  • Reconnaître l'importance que la nature a joué - et joue encore - dans la vie des Autochtones.
  • Inclure l'intégrité environnementale dans toutes les entreprises culturelles et touristiques.
  • La promotion de communautés saines.
  • Promouvoir l'écotourisme.

Partenariats

Les Autochtones doivent posséder l'infrastructure du tourisme culturel et en exercer le contrôle.

Selon nombre de participants au Rassemblement national, le tourisme et l'autonomie gouvernementale vont main dans la main. Les modes d'autodétermination doivent continuer à être transmis aux Premières nations, aux Inuits et aux Métis. Les divers ordres de gouvernement doivent mieux comprendre la diversité des cultures autochtones. Les Autochtones devraient fournir leur propre interprétation culturelle comme moyen de préserver, promouvoir et partager leurs expériences personnelles.

Il faut également rassembler les partenaires et intervenants de manière à faciliter une véritable consultation.

Certaines petites communautés ont besoin d'aide pour déterminer leurs possibilités et partenaires commerciaux.

Plusieurs suggestions ont été faites au sujet des partenariats :

  • Encourager les partenariats en faisant des liens entre les ressources et les communautés.
  • Reproduire les pratiques exemplaires dans les partenariats.
  • Utiliser la technologie efficacement.

Conclusion

Le tourisme culturel et l'écotourisme - deux des plus fortes tendances dans le monde entier - conviennent parfaitement aux Premières nations, aux Inuits et aux Métis. Il s'agit de trouver un équilibre entre le partage de certains aspects de la culture autochtone et la protection de l'intégrité de la communauté et de sa culture. Quand il faut lancer ou maintenir une entreprise, ceux qui vivent en régions éloignées ou qui vivent de la terre rencontrent des difficultés supplémentaires.

Les communautés autochtones estiment qu'elles ont le devoir d'aider leurs jeunes à envisager l'avenir avec espoir et à viser le succès. Le tourisme autochtone offre la possibilité à de nombreuses communautés de s'acquitter précisément de ce devoir.

Annexe C - Faits nouveaux concernant le portefeuille de Patrimoine canadien depuis le Rassemblement national sur l'expression artistique autochtone

Le Rassemblement national sur l'expression artistique autochtone (RNEAA) s'inscrit dans la détermination continue du ministère du Patrimoine canadien à resserrer ses liens avec la communauté artistique autochtone et à présenter des recommandations pratiques sur les moyens de renforcer la collaboration entre le Ministère et la communauté artistique autochtone en vue d'améliorer la situation des artistes autochtones du Canada. Le RNEAA constituait le premier d'une série de trois rassemblements nationaux organisés par Patrimoine canadien afin de permettre au Ministère de mieux harmoniser son travail sur les questions autochtones aux efforts du portefeuille du Patrimoine canadien. Patrimoine canadien s'engage à donner suite aux recommandations formulées aux trois rassemblements nationaux.

Voici certains faits nouveaux concernant le portefeuille du Patrimoine canadien depuis la tenue du RNEAA, en juin 2002.

Création de la Direction générale des affaires autochtones

En janvier 2003, on a créé la Direction générale des affaires autochtones, qui relève du Secteur de la citoyenneté et du patrimoine du ministère du Patrimoine canadien. La création de la Direction générale découle des recommandations de la communauté autochtone et du Ministère qui souhaitaient une vision coordonnée et inclusive des programmes destinés aux Autochtones et de l'élaboration des politiques. La mission de la Direction générale est d'exposer les réalités vécues par les sociétés autochtones du Canada et de faciliter l'interaction essentielle entre les sociétés autochtones et non autochtones, dans l'élaboration des politiques et des activités de Patrimoine canadien.

Les 13 programmes et initiatives autochtones offerts par la Direction générale s'adressent à tous les Autochtones et assurent aux Métis, aux Inuits et aux Premières nations ne vivant pas dans les réserves une infrastructure autochtone à l'échelle nationale, régionale et communautaire. Ils aident les communautés autochtones vivant hors réserve à améliorer leurs chances d'épanouissement et à se tailler une place dans la société canadienne. La Direction générale a établi récemment la Direction de la politique et de la recherche, qui coordonne le programme ministériel d'élaboration des politiques ayant trait à des questions autochtones. Elle surveille également l'évolution des dossiers autochtones au sein du gouvernement ainsi que des litiges et négociations qui en découlent.

Centre des langues et des cultures autochtones (CLCA)

La création du Centre des langues et des cultures autochtones manifeste la volonté du gouvernement, exprimée dans le discours du Trône de 2002, de préserver, de revitaliser et de promouvoir les langues et les cultures autochtones du Canada. Le CLCA sera constitué en organisme sans but lucratif et placé sous l'égide de la communauté autochtone. Devant commencer ses activités en 2005, il sera doté d'un budget de 160 millions de dollars échelonné sur 11 ans. Un montant de 12,5 millions de dollars a été mis de côté pour assurer la continuité de l'Initiative des langues autochtones (ILA) pendant la période de transition et pour permettre le fonctionnement du groupe d'étude sur le CLCA.

Mise sur pied d'un groupe d'étude pour le CLCA

Le groupe d'étude sur les langues et les cultures autochtones vient d'être nommé. Les dix membres du groupe d'étude sont chargés de formuler des recommandations concernant la création d'un nouveau Centre des langues et des cultures autochtones (CLCA). Ce sont : Bruce Flamont, Ron Ignace (président par intérim), Mary Jane Jim, Amos Key Jr., Helen Klengenberg, Alexina Kublu, Rosemarie McPherson, Ruth Norton, Frank Pamell et Linda Pelly-Landrie.

La ministre du Patrimoine canadien a approuvé la nomination des membres du groupe d'étude, à la suite des recommandations unanimes d'un comité composé de représentants du gouvernement du Canada et de ses partenaires au sein de l'initiative sur les langues autochtones : l'Assemblée des premières nations, l'Inuit Tapiriit Kanatami et le Ralliement national des Métis. Le groupe de travail examinera les options et présentera à la ministre du Patrimoine canadien, en 2004, des recommandations sur les activités, les programmes et les objectifs du CLCA. Le groupe d'étude fournira des conseils sur les objectifs, les activités et la structure organisationnelle du CLCA. Les recommandations qu'il doit présenter en 2004 seront fondées sur des consultations, des recherches et des exposés présentés par des experts ainsi que des personnes et des organismes intéressés, de même que sur les connaissances, les compétences et l'expérience collectives des membres du groupe de travail.

Le Musée des beaux-arts du Canada

Plusieurs faits nouveaux se sont produits au Musée des beaux-arts du Canada depuis le Rassemblement national sur l'expression artistique autochtone :

  • Représentation autochtone au conseil d'administration du Musée des beaux-arts du Canada. Rhoda Kokiapik, du Nunavik, a été nommée au conseil en 2003.
  • Nomination d'un autre conservateur de l'art autochtone.
  • Acquisition d'oeuvres d'art réalisées par des artistes inuits et des artistes des Premières nations.
  • En collaboration avec un comité consultatif (communautés autochtones, Conseil des Arts du Canada, Musée canadien des civilisations), intégration de l'art autochtone à l'art canadien présenté dans les salles de la collection permanente.
  • Nouvelles visites guidées offertes aux écoliers pour leur faire découvrir l'exposition L'art d'ici et les liens entre l'art autochtone et l'art eurocanadien; nouvelle visite destinée aux élèves de la 4e à la 6e année mettant en valeur les oeuvres de Zacharie Vincent, peintre huron du XIXe siècle de la région de Québec; production d'audioguides mettant à contribution des Autochtones, notamment un chanteur haïda et des personnes parlant des langues autochtones et l'inuktitut.
  • Démonstrations de techniques artistiques autochtones comme la décoration de piquants de porc-épic et la broderie de perles, afin de compléter les démonstrations de peinture, de dessin et de sculpture inuits.
  • Nouvelle série de conférences publiques sur les programmes liés à la peinture, au dessin et à la sculpture inuits.

Bourses d'études de la Fondation nationale des réalisations autochtones

La Fondation nationale des réalisations autochtones créera un fonds de dotation pour la remise de bourses d'études postsecondaires à des Autochtones. Le fonds aidera, là où ils vivent, les étudiants inuits, métis et autochtones de niveau postsecondaire qui poursuivent des études contribuant à l'autonomie politique et économique des Autochtones. Il complétera les programmes de bourses d'études actuels de la Fondation nationale des réalisations autochtones. Une subvention de 12 millions de dollars a été investie en 2003. Les revenus provenant de cet investissement serviront aux bourses d'études.

Comité consultatif autochtone de Parcs Canada

En 2002, Parcs Canada a créé un comité consultatif autochtone composé de douze Autochtones des diverses régions du Canada et présidé par le directeur général de Parcs Canada. Le comité a été mis sur pied dans le but de susciter un dialogue avec les peuples autochtones sur des questions précises comme :

  • l'utilisation des parcs et des lieux à des fins spirituelles, et l'utilisation et la collecte des ressources à des fins médicinales;
  • les mécanismes favorisant la présentation de l'histoire et de la culture autochtones par des Autochtones dans les parcs nationaux et les lieux historiques nationaux;
  • les occasions de promouvoir l'éducation, la formation et l'emploi dans des domaines liés à la gestion des parcs et des lieux, et aux activités touristiques connexes.

Les membres du comité sont : Richard Binder, Dwayne Blackbird, le chef Robert Dennis, Guylaine Gill, Tom Hill, Peter Irniq, le chef Mi'sel Joe, Lawrence Joe, Stewart King, François Paulette, Peter Rudyck et Pam Ward.

À la suite du Rassemblement national sur l'expression artistique autochtone (RNEAA) :

  • Le Programme d'aide au développement de l'industrie de l'édition (PADIE) de Patrimoine canadien augmentera son soutien aux éditeurs qui embauchent des stagiaires autochtones. Les entreprises qui offrent des emplois aux stagiaires autochtones pourront recevoir une contribution représentant 75 % du salaire du stagiaire et pourront étendre la durée des stages à deux ans.
  • On a créé l'Aboriginal Book Publishers of Canada, qui regroupe des éditeurs métis et autochtones de partout au Canada.
  • On a fondé la National Aboriginal Music Industry Association (NAMIA) lors du Rassemblement national sur l'expression artistique autochtone.
  • On a organisé des consultations nationales, notamment une table ronde à Toronto et à Vancouver avec des cinéastes autochtones, afin d'examiner le contenu canadien des productions cinématographiques et télévisuelles.
  • L'Initiative Déclic a été annoncée par la ministre du Patrimoine canadien le 27 juin 2003. Fruit d'un partenariat entre Patrimoine canadien, Téléfilm Canada, le Conseil des Arts du Canada et l'Office national du film du Canada, elle vise à accélérer l'inclusion de cinéastes de diverses communautés culturelles et autochtones dans l'industrie canadienne du film et de la vidéo.
  • Le directeur de la Sun and Moon Visionaries Aboriginal Artisans Society (Edmonton) s'est inspiré des recommandations formulées durant le Rassemblement pour faciliter le travail de l'organisme.
  • Le Maia Cultural Arts Collective a reçu 181 500 $ du Programme de consolidation des arts et du patrimoine canadiens pour un projet d'amélioration des capacités organisationnelles visant à aider le perfectionnement des membres du conseil d'administration, la commercialisation et la gestion du bureau ou du développement.
  • Un nombre accru de demandeurs autochtones ont reçu une aide financière du Fonds des partenariats, qui sert à soutenir les partenariats entre les organismes privés, publics et sans but lucratif ayant pour objectif la numérisation des collections culturelles en vue de leur présentation en ligne.
  • L'idée de On The Land, projet qui sera réalisé par le Centre de connaissances traditionnelles, a vu le jour. Grâce à cette initiative, des jeunes vivant en milieu urbain se familiariseront avec le savoir traditionnel; les jeunes auront la chance d'apprendre des techniques traditionnelles auprès d'aînés, en milieu naturel.

Nota:

  • [1] CROWSHOE, Reg et Sybille Manneschmidt, Akak'stiman: A Blackfoot Framework for Decision-Making et Mediation Processes, University of Calgary Press, Calgary, 2002, p. 15.
  • [2]« Une demande/un engagement formel pour utiliser l'animation en cercle comme processus des réunions en petits groupes (ballot). » Maria Crowshoe, Facilitation Model Responsibilities - Matériel de formation d'animateur, NGACT.