Expressions: Rassemblement national sur l'expression artistique autochtone Rapport final
Table des Matiéres
- Message de la ministre
- Contexte et objectifs
- Formule retenue
- Sommaire
- Mot d'ouverture de l'honorable Sheila Copps
- Séances plénières
- Ouvrir la voie
- Gerald McMaster
- Lucie Idlout
- Alanis Obomsawin
- Alex Janvier
- Les arts et les artistes dans les communautés autochtones
- Florent Vollant
- Tom Hill
- Carol Geddes
- Découvrir, nourrir et faire rayonner le talent artistique
- Lorre Jensen
- Marrie Mumford
- Suzanne Rochon Burnett
- Ouvrir la voie
- Discussions en groupe
- Les jeunes et les arts
- Le soutien aux artistes
- Les formes d'expression traditionnelles
- Le rayonnement des arts autochtones
- Les nouveaux médias
- La voie de l'avenir
- Alex Janvier
- Alanis Obomsawin
- Gerald McMaster
- Lucie Idlout
- Mot de la fin de l'honorable Sheila Copps
- Conclusion
- Activités et manifestations artistiques
MESSAGE DE LA MINISTRE
Il me fait plaisir de vous soumettre le rapport du Rassemblement national sur l'expression artistique autochtone qui a eu lieu du 17 au 19 juin 2002. On y résume les discussions qui se sont déroulées au cours des panels et des ateliers et, plus important encore, on y dégage les principales recommandations qui ont été faites durant la conférence, recommandations qu'il me tarde d'étudier de concert avec les membres de la communauté artistique autochtone.
Le Rassemblement national sur l'expression artistique autochtone a permis d'aborder avec franchise des dossiers importants. Il nous a donné, à moi comme à l'ensemble des participants du gouvernement fédéral, la chance inestimable de nous familiariser avec les nombreux problèmes propres aux membres de la communauté artistique autochtone.
Je sais gré à tous les orateurs et artistes qui ont pris part à cette initiative. La dévouement et la profonde réflexion se dégageant des propos des orateurs ont nourri des débats on ne peut plus sérieux. Les artistes qui se sont produits au cours des deux spectacles présentés lors du Rassemblement ont été source d'inspiration pour tous : ils nous ont rappelé l'incroyable talent qui anime la communauté autochtone.
L'aîné William Commanda a ouvert, à notre honneur et à notre plaisir, la conférence en nous accueillant dans le territoire traditionnel de la nation algonquine. Sa bénédiction et ses paroles, empreintes de sagesse, nous ont incités à nous ouvrir sans restriction les uns aux autres; nul doute qu'elles jalonneront notre route et éclaireront notre quête de solutions.
Il nous faut maintenant nous lancer dans l'étude de stratégies qui iront de pair avec les mesures que vous, les membres de la communauté artistique autochtone, nous avez suggérées dans ce rapport.

Sheila Copps
Ministre du Patrimoine canadien
CONTEXTE ET OBJECTIFS
Le Rassemblement national sur l'expression artistique autochtone s'inscrit dans l'intention du ministère du Patrimoine canadien de toujours renforcer ses relations avec la communauté artistique autochtone et d'obtenir des suggestions pratiques quant à la façon dont le Ministère et la communauté artistique autochtone pourraient mieux travailler ensemble à l'amélioration de la situation des artistes autochtones du Canada. Ce Rassemblement est l'événement le plus récent d'une série d'initiatives mises en place par le ministère du Patrimoine canadien afin de se donner l'occasion de mieux intégrer ses travaux sur les dossiers autochtones dans l'ensemble du Ministère et du portefeuille du Patrimoine canadien.
En mai 2001, dans le cadre de la Table ronde sur le tourisme autochtone tenue par Parcs Canada, l'honorable Sheila Copps a annoncé son intention d'organiser une conférence nationale sur les arts et la culture autochtones qui se déroulait autour de la Journée nationale des Autochtones. Cette conférence chercherait à renforcer la capacité du ministère du Patrimoine canadien de comprendre les questions qui se posent à la communauté artistique autochtone et de chercher à y répondre. Pour mettre en oeuvre ce projet et mieux saisir dans sa plénitude l'expression artistique des diverses collectivités autochtones, la ministre a créé un Comité consultatif autochtone. Les membres du Comité se sont réunis régulièrement au cours des six mois ayant précédé le Rassemblement et ont conseillé le Ministère quant à l'organisation du Rassemblement, dont l'élaboration du contenu de la conférence, le choix des participants et des orateurs et la conception des différents produits de communication afférents.
Le Rassemblement visait à fournir au gouvernement fédéral et au secteur privé l'occasion de se familiariser non seulement avec les possibilités qu'offrent les artistes autochtones, mais aussi avec les problèmes auxquels ces derniers sont confrontés. Il devait également donner aux artistes autochtones la possibilité de se renseigner davantage sur le soutien qui leur est offert et d'établir des contacts avec des fonctionnaires fédéraux, des représentants du secteur privé et d'autres artistes autochtones. Le ministère du Patrimoine canadien comptait renforcer sa capacité et celle de la communauté artistique autochtone d'élaborer des stratégies favorisant l'expression artistique autochtone. De façon globale, le Rassemblement devait amener le ministère du Patrimoine canadien et la communauté artistique autochtone à mieux se comprendre.
Reconnaissant la complexité des nombreux problèmes auxquels sont confrontées les communautés autochtones dans les domaines artistique et culturel, le Ministère a décidé d'organiser une série de trois rassemblements, qui verront leur aboutissement lors des célébrations de clôture de la fin de la Décennie des peuples autochtones.
Le Rassemblement national sur l'expression artistique autochtone était le premier de cette série; les deux autres exploreront vraisemblablement les questions afférentes au tourisme et aux connaissances traditionnelles autochtones.
FORMULE RETENUE
Le Rassemblement national sur l'expression artistique autochtone s'est déroulé du 17 au 19 juin 2002, à Ottawa, en Ontario. L'événement, présidé par la ministre Sheila Copps, a réuni 250 délégués représentant les principaux intervenants des communautés artistiques et culturelles autochtones et non-autochtones canadiennes, et des fonctionnaires du ministère du Patrimoine canadien et de son portefeuille.
La participation au Rassemblement n'était possible que sur invitation. Les délégués ont été choisis par le ministère du Patrimoine canadien en étroite collaboration avec les membres du Comité consultatif autochtone. On cherchait, de la sorte, à assurer une représentation optimale de la communauté artistique autochtone du Canada (artistes, producteurs, réalisateurs, diffuseurs, éditeurs, distributeurs, universitaires, gens d'affaires, représentants d'associations artistiques, d'industries culturelles, d'institutions de formation autochtones, de communautés locales, d'associations autochtones nationales, etc.). De plus, on a diffusé le Rassemblement sur le Web afin de permettre au plus grand nombre possible de gens d'assister aux discussions.
On a remis aux délégués des documents de réflexion et un document statistique faisant état de la situation actuelle des activités artistiques autochtones. Les documents de réflexion avaient été rédigés par des artistes et des intervenants culturels autochtones provenant de divers horizons afin d'illustrer la diversité des approches qui caractérisent l'art autochtone. Cette documentation décrivait l'état actuel et les possibilités d'avenir de l'expression artistique autochtone, tant au sein de leurs communautés qu'à l'échelle nationale et internationale. Ces témoignages personnels, point de départ des discussions, ont touché mille et un aspects de l'expression artistique autochtone tels que la formation, la création, la production, le rayonnement et l'élargissement des auditoires, et la diffusion.
Le Rassemblement a donné lieu à une combinaison d'ateliers et de groupes de discussion. Les débats dans les ateliers se sont articulés autour de cinq thèmes qui avaient trait à l'expression artistique autochtone : les jeunes et les arts, les formes d'expression traditionnelles, le soutien aux artistes, les nouveaux médias et le rayonnement des arts autochtones. Les délégués ont été invités à discuter de ces thèmes en vue d'élaborer des plans qui auront une incidence sur les rôles et responsabilités des intervenants.
SOMMAIRE
Le ministère du Patrimoine canadien est fortement intéressé à travailler en étroite collaboration avec la communauté artistique autochtone en vue de renforcer sa capacité de créer un pays qui soit inclusif et dynamique et, tout à la fois, qui respecte et reconnaisse l'apport des artistes autochtones au paysage culturel canadien. Le Rassemblement a fortement contribué à l'atteinte de cet objectif. L'amorce de discussions entre des décideurs, des représentants du secteur privé et un groupe diversifié d'éminents Autochtones, peintres, danseurs, producteurs, diffuseurs, conservateurs, éditeurs, auteurs, universitaires et gens d'affaires, nous a grandement éclairés quant à la façon d'appuyer une communauté artistique autochtone vivante et vigoureuse.
Le Rassemblement a aussi permis aux Autochtones de démontrer leur talent grâce à deux spectacles qui se sont déroulés l'un, au Centre national des Arts et l'autre, au Musée canadien de la nature. Le Rassemblement visait aussi à donner aux membres de la communauté artistique autochtone l'occasion d'établir des contacts non seulement au sein du gouvernement fédéral et du secteur privé, mais aussi entre eux. L'annonce, faite au cours du Rassemblement, de la création d'une association nationale de la musique autochtone montre le progrès qui peut être accompli seulement en amenant les gens à dialoguer.
Au fil du dialogue permanent entretenu dans le cadre des ateliers et des tables de discussion, les participants ont été invités à cerner les problèmes auxquels ils sont confrontés, leurs réussites et les possibilités de mieux soutenir l'expression artistique autochtone. Ils ont clairement exprimé le désir de voir le Rassemblement déboucher sur du concret. Souscrivant aux directives claires émanant de la ministre, Patrimoine canadien entend bien explorer des stratégies se prêtant aux principales recommandations élaborées par l'ensemble des participants, ainsi qu'à celles suggérées dans la déclaration présentée à la ministre. Ces recommandations sont résumées ci-après.
Résumé des principales recommandations
Plan d'action/élaboration de politiques
Créer un plan d'action en vue de la mise en place d'un nouveau cadre stratégique global, à l'échelle ministérielle, au regard de l'expression artistique autochtone. On pourrait s'y pencher sur la façon : (1) de s'assurer qu'on soutient toute la gamme des pratiques artistiques autochtones, du contemporain au traditionnel; (2) de faire en sorte qu'on intègre les jeunes Autochtones à la démarche; (3) de venir en aide aux pratiques artistiques qui n'emprisonneront pas l'expression artistique inuite, métisse et autochtone dans des stéréotypes; (4) d'établir une stratégie qui tienne expressément compte des préoccupations concernant l'aide et le développement de l'expression artistique dans les communautés du Nord et dans les collectivités éloignées.
Élaboration de programmes
Étudier les possibilités de concevoir des programmes qui mettent l'accent sur la revitalisation culturelle et artistique. On pourrait envisager, dans le plan d'action, la mise en place de stratégies pour soutenir l'infrastructure culturelle autochtone, la formation et les initiatives axées sur la guérison. On pourrait également explorer des moyens de multiplier les possibilités d'obtenir un financement pluriannuel stable pour les organismes artistiques et d'accroître, du même coup, le potentiel de mise en place de programmes pertinents permanents qui donneraient des résultats concrets.
Comité directeur autochtone
Créer un comité directeur, formé d'artistes autochtones de toutes les disciplines, qui renforcerait la capacité du Ministère et du portefeuille de mettre en oeuvre des initiatives qui soient socialement pertinentes et crédibles.
Formation et perfectionnement
Accroître les possibilités de formation et de perfectionnement pour les Autochtones qui veulent acquérir des compétences artistiques professionnelles, notamment dans les communautés du Nord et les communautés éloignées. On pourrait aussi envisager de faciliter l'accès aux nouvelles technologies pour permettre la formation et le perfectionnement professionnel par Internet.
Aînés et jeunes autochtones
Faire en sorte que toutes les initiatives qui s'articulent autour du développement des pratiques artistiques autochtones et de l'appui qu'on leur accorde, intègrent les jeunes Autochtones et les aînés. Elles pourraient, par exemple, établir des liens entre jeunes et aînés afin que ces derniers puissent agir comme mentors et conseillers quant au cheminement artistique professionnel, aux pratiques culturelles et à l'acquisition de l'estime de soi.
Commercialisation
Étudier des stratégies de mise en place de méthodes permettant d'authentifier des oeuvres d'art autochtones et de contrer l'appropriation culturelle.
MOT D'OUVERTURE DE L'HONORABLE SHEILA COPPS
Des chanteurs autochtones et inuits, le son des tambours et des violoneux métis ont donné le coup d'envoi du Rassemblement. Le député Rick Laliberté a présenté l'aîné William Commanda, de la nation algonquine, et l'a invité à réciter une prière d'ouverture.
La ministre a remercié William Commanda pour sa prière d'ouverture, pour la sagesse dont il fait preuve et pour les conseils qu'il a fournis en vue du Rassemblement. Elle a ensuite exprimé sa reconnaissance à chacun des membres du Comité consultatif autochtone - la chef Roberta Jamieson, Don Ross, Winston McKay, Maxine Noel, Mary Jamieson, Jonah Kelly, Guylaine Gill, Phil Fontaine, Lynda Sorensen, Rick Laliberté - et aux représentants des organismes du portefeuille qui étaient présents. Elle s'est félicitée que le Comité ait décidé d'organiser pareil événement dans un endroit aussi stimulant que le Musée canadien des civilisations et a manifesté sa gratitude à l'endroit du concepteur du musée, l'architecte Douglas Cardinal. Enfin, la ministre a rappelé l'importance du partenariat entre le ministère du Patrimoine canadien, son portefeuille et le Comité consultatif lorsqu'elle a déclaré : « J'ai promis que ce Rassemblement serait dirigé non par le Ministère, mais bien par les intéressés... une réalité qui prend toute sa dimension ici, aujourd'hui. »
La ministre a articulé son intervention, pour une large part, autour de sa vision du développement d'un pays inclusif et dynamique, un pays qui connaît et respecte les Autochtones et leur contribution à l'identité culturelle du Canada. Pour mettre en oeuvre cette vision, la ministre a circonscrit les changements fondamentaux qui, à son sens, doivent se poursuivre :
- contribuer à la recherche de nouvelles façons de soutenir les expressions artistiques de toutes les cultures du Canada et, ce faisant, élargir nos conceptions de la « culture »;
- aider à la revitalisation des langues autochtones, langues qui, bien qu'indissociables de l'expression artistique, risquent de disparaître;
- accroître le niveau de conscientisation et des connaissances pertinentes de façon à créer un patrimoine artistique qui s'étende à tout le monde, particulièrement aux Autochtones.
Selon la ministre, le Rassemblement national sur l'expression artistique autochtone s'inscrit dans le prolongement d'un processus crucial visant à établir des liens avec la communauté artistique autochtone. La ministre a souligné l'exceptionnelle contribution de la sous-ministre, Mme Judith A. LaRoque, et a fait ressortir l'importance d'amener tout le monde à travailler ensemble afin de « trouver de nouvelles façons d'appréhender le patrimoine ».
SÉANCES PLÉNIÈRES
Ouvrir la voie
« L'artiste autochtone contemporain n'est ni conformiste, ni traditionnel et il suscite parfois la controverse. » -- Gerald McMaster
Au cours de cette première séance, on a cherché à dégager une perspective commune de l'apport autochtone au chapitre des arts et du rôle joué par l'expression artistique au niveau des communautés et de l'ensemble du Canada. On a prié les délégués de faire part de leur analyse concernant la situation actuelle de l'art autochtone au Canada.
Observations de Gerald McMaster (Cri des Plaines), sous-directeur adjoint, Ressources culturelles, National Museum of the American Indian de la Smithsonian Institution
Gerald McMaster a placé dans une perspective historique la période qui s'est écoulée depuis les années 50; il a du même coup illustré l'évolution de la lutte constante qu'il faut livrer pour extraire l'art autochtone de l'arrière-boutique des institutions culturelles canadiennes et le propulser à l'avant-scène. M. McMaster a aussi décrit la résistance de longue date manifestée par les institutions culturelles quand il s'agit de reconnaître qu'il n'existe pas de courant artistique autochtone dominant et que la diversité et l'identité sont au coeur même de l'expression artistique autochtone. Dans les années 50, une dichotomie est devenue évidente : la majorité des artistes autochtones se battaient pour obtenir à la fois des fonds et l'accès aux institutions culturelles alors que des musées d'anthropologie venaient financièrement en aide à des artistes comme Bill Reid, Douglas Cranmer et Tony Hunt, dont ils facilitaient la carrière. Selon M. McMaster, cette dichotomie existe toujours à maints niveaux, d'où une situation qui veut qu'on accepte et finance certains types d'art autochtone là où d'autres artistes doivent se battre pour être reconnus. Malgré cela, M. McMaster s'est dit convaincu qu'on a vu naître, durant ces années, de nouvelles voix artistiques autochtones, vigoureuses et enthousiastes, qui ont réussi à se faire entendre au cours de la dernière décennie. « Les artistes autochtones contemporains créent désormais au présent et non plus en fonction d'un passé quelque peu mythique. Leur plus grand défi consiste à saisir la réalité d'aujourd'hui, qui englobe les nouvelles technologies, tout en préservant les traditions, les valeurs et les philosophies autochtones. »
Observations de Lucie Idlout (Inuite), auteure-compositeure-interprète
Lucie Idlout a parlé de certaines des difficultés que doivent surmonter les artistes inuits : auditoires restreints, isolement, coûts élevés des transports, absence de modèles de comportement et problèmes associés aux concepts stéréotypés qui ont cours dans le grand public. Elle a insisté sur le fait qu'à ses yeux, elle ne correspondait pas du tout au stéréotype de l'artiste inuit et, elle ne voulait pas qu'on interprète ses paroles et ses opinions comme étant représentatives de celles de tous les artistes inuits, puisque chaque artiste est unique. Elle souhaitait attirer l'attention sur la question du financement et sur la nécessité de faire connaître aux petites collectivités du Nord l'existence des programmes pertinents. Nombre d'artistes de ces communautés ne peuvent avoir accès aux programmes de financement car ils ne connaissent pas le language utilisé pour expliquer les critères de financement.
Observations d'Alanis Obomsawin (Abénaquise), réalisatrice de documentaires, chanteuse, conteuse et poète
Alanis Obomsawin s'est dite convaincue qu'il fallait impérativement croire en soi en tant qu'artiste autochtone et être humain. Elle a décrit les expériences vécues au cours de son enfance et de ses années scolaires, des expériences empreintes de racisme et de désespoir. Malgré tout, elle n'a jamais cessé de croire qu'en tant que femme autochtone, elle parviendrait à réaliser ses aspirations. C'est en partie ses expériences d'enfant qui l'on motivée et l'ont poussée à raconter ses histoires dans les écoles, dans les garderies, dans les universités et dans les prisons et à les coucher sur pellicule. Sa carrière auprès de l'Office national du film s'est révélée enrichissante à plus d'un titre; elle lui a permis de donner un coup de pouce à plusieurs jeunes cinéastes autochtones au cours de leurs carrières. En conclusion, Alanis Obomsawin a rappelé que tout est possible si l'on opte pour la vérité et si l'on a confiance en soi.
Observations d'Alex Janvier (Déné), peintre
Alex Janvier a livré un témoignage personnel et professionnel dans lequel il a évoqué la lutte permanente qu'il a menée, en tant qu'Autochtone et en tant qu'artiste, à une époque où il n'était possible de compter sur aucun appui, sur aucune orientation. Il a retracé certaines des incidences négatives toujours vivaces de son séjour dans les pensionnats : « Je pleure, a-t-il dit, sur l'esprit ensanglanté de mon peuple. » Les pensionnats et leurs répercussions, la disparition de la langue et de la culture et le non-aboutissement des négociations relatives aux revendications territoriales ont détourné de leur route les Autochtones. Il pense que l'argent que le gouvernement consacre aux négociations de traités serait bien plus utile s'il servait à doter les Autochtones des outils qui vont de pair avec le changement. Défenseur de longue date des droits autochtones, M. Janvier a signé ses oeuvres, de 1966 à 1977, du numéro 287, son numéro de traité, afin de protester contre la politique imposée par le gouvernement fédéral sur le catalogage des Indiens inscrits. Même s'il est d'avis qu'une telle politique a quelque chose de déshumanisant, il n'a jamais cessé de croire en la force de son peuple, les Autochtones du Canada. Il s'est réjoui de voir la ministre et l'aîné William Commanda assis côte à côte et a fait remarquer que nous devions continuer à apprendre des aînés et à tirer profit de leur sagesse. Enfin, il a dit espérer que ce Rassemblement indiquait que le temps était peut-être venu de bâtir un Canada qui appartienne à ses Autochtones.
Alex Janvier a eu droit à une ovation debout.
Les arts et les artistes dans les communautés autochtones
« Ces temps-ci, on ressent un sentiment d'urgence lorsque les Premières nations se rassemblent : nos communautés sont en train de perdre leurs leaders culturels, aînés, porte-parole et gardiens de la foi. Avec eux s'éteint une partie de notre savoir. Cette situation réclame l'attention de tous et de chacun d'entre nous, Autochtones et non-Autochtones. » -- Tom Hill
Au cours de cette séance, on s'est intéressé au rôle dévolu à l'art dans le développement de la conscience communautaire, la guérison, l'appropriation culturelle, l'aide aux jeunes, ainsi qu'aux démarches de sensibilisation à la place spéciale qu'occupe l'art dans les communautés autochtones du Canada et à la façon dont il contribue au développement social.
Observations de Florent Vollant (Innu), auteur-compositeur-interprète
Innu de Maliotenam, Florent Vollant a expliqué l'importance que revêtent la distance et l'isolement pour sa nation et a parlé du manque de fonds dont souffrent les conseils de bandes innues. Il a contesté les procédures administratives régissant l'aide gouvernementale et, par ricochet, l'allocation des fonds publics. Pour la plus grande part, selon lui, cet argent aboutit dans les grands centres urbains où on décide du mérite artistique et où on tranche entre ce qui est indien ou non. Il croit que les artistes des régions éloignées ne reçoivent pas l'information voulue au sujet des programmes pertinents. Au vu de l'absence de débouchés offerts aux artistes établis, M. Volant s'est dit profondément préoccupé par ce qui attend les jeunes, pour la plupart autodidactes, qu'il voit comme des « spécialistes de la survivance ». Pour les Innus, l'art est quelque chose de pratique et de concret et la musique représente un aspect des plus importants de la vie. Il a dit vouloir partager son expérience avec d'autres artistes, particulièrement ceux qui amorcent leur carrière; c'est d'ailleurs pourquoi il a créé le Studio Makushan, un studio de musique, où l'on produit surtout des albums en langue innue.
Observations de Tom Hill (Sénéca), directeur de musée, Woodland Cultural Centre
Tom Hill a parlé des divers obstacles que doivent surmonter les institutions culturelles autochtones tels que l'appui du public, l'entretien de l'infrastructure, le perfectionnement professionnel et les coûts élevés des acquisitions et des expositions. Il a fait allusion aux liens spéciaux qui unissent les communautés autochtones et leurs institutions culturelles. Selon lui, les musées réussissent beaucoup mieux qu'il y a dix ans à cerner les besoins des communautés autochtones en matière de recherche et d'expositions; aujourd'hui, les communautés s'en remettent davantage à leurs propres institutions pour retracer leur identité et leur histoire. Directeur d'un musée autochtone, Tom Hill reconnaît l'importance du rôle que doit jouer la communauté dans l'élaboration des programmes et des activités du Woodland Cultural Centre. Il a insisté sur le sentiment d'urgence qui ressort de tous les rassemblements autochtones par les temps qui courent : chaque jour, les communautés perdent des aînés, détenteurs des connaissances. À ses yeux, pareille situation exige l'attention de tous, qu'ils soient ou non Autochtones. Les musées, a-t-il soutenu, sont les derniers remparts du savoir et les communautés autochtones doivent recouvrer le contrôle de leurs institutions culturelles. « Nous avons des obligations à remplir, a-t-il dit, non seulement face à nos enfants et à nos communautés, mais aussi face à l'Amérique du Nord et à l'ensemble du monde. »
Observations de Carol Geddes (Tlingit),scénariste et productrice
Carol Geddes a d'abord parlé des luttes que doivent mener les artistes autochtones telles que l'accès aux institutions culturelles, la non-participation des Autochtones à l'élaboration et à l'exécution des programmes de financement, la disparition des pratiques traditionnelles et l'écart historique au chapitre du soutien et du financement. Selon elle, on méconnaît le rôle de l'art dans la vie des Autochtones. Attirant l'attention sur un macaron qu'elle portait à la boutonnière et sur lequel on pouvait lire « ART SAVES LIVES » (L'art sauve des vies), elle a évoqué le pouvoir de l'art dans la quête d'identité et dans le processus de guérison. Tout en reconnaissant la valeur du Rassemblement, Carol Geddes a déclaré qu'on avait consacré suffisamment de conférences et de discussions à l'art autochtone et qu'était venu le temps des études plus approfondies et des mesures concrètes, notamment la simplification des processus administratifs dans les institutions culturelles et la mise en place d'initiatives ciblant les jeunes à risque vivant en milieu urbain.
Découvrir, nourrir et faire rayonner le talent artistique
« Notre créativité réside dans notre survie, dans notre résistance. » -- Marrie Mumford
Cette séance avait comme objectif de susciter un dialogue sur l'élaboration de mécanismes de soutien en vue de la formation d'artistes et de créateurs autochtones et mettre en commun pratiques exemplaires et exemples de réussite.
Observations de Lorre Jensen, directrice de l'enseignement, Fondation nationale des réalisations autochtones
Lorre Jensen a rappelé le succès obtenu par la Fondation nationale des réalisations autochtones dans sa démarche visant à décerner des récompenses aux étudiants autochtones, à rehausser le profil national d'artistes autochtones, à rendre accessibles des commandites d'entreprise et à souligner l'apport d'éminents artistes autochtones dans le cadre des Prix nationaux d'excellence destinés aux Autochtones, prix décernés annuellement. Elle a reconnu que pour beaucoup d'artistes autochtones, la principale préoccupation consiste à avoir accès à des fonds, et a fait remarquer que la Fondation nationale des réalisations autochtones consacre environ 200 000 dollars par an à des bourses d'études dans le domaine des arts. Elle a donné un aperçu du processus permettant d'obtenir du financement, processus qui incite les intéressés à soumettre leur candidature dans les délais prescrits, et a expliqué de quelle façon un jury composé d'artistes autochtones évaluait les demandes. Mme Jensen a encouragé les artistes autochtones à poser leur candidature pour les bourses offertes par la Fondation nationale des réalisations autochtones.
Observations de Marrie Mumford, directrice artistique, Aboriginal Arts Program, Banff Centre
Marrie Mumford s'est dite ardemment convaincue qu'il fallait appuyer la culture artistique des Autochtones; elle a donné un aperçu des diverses retombées tangibles du soutien accordé à la communauté artistique autochtone. Elle a expliqué comment, la culture aidant, les Autochtones retrouvaient l'estime de soi, à quel point les jeunes s'inspiraient d'artistes autochtones modèles tels que Tom Jackson, Graham Greene, et comment les arts pouvaient être source de développement économique. Selon elle, l'art est la manifestation d'une culture; sans lui, les communautés autochtones perdent leur sentiment d'identité. Elle juge impératif que les aînés puissent transmettre, aux générations montantes, la sagesse et la créativité inhérentes à leurs cultures respectives. Mme Mumford a fait part de ses préoccupations face au financement à la pièce des projets, une façon de faire qui réduit les possibilités d'incidences positives à long terme des programmes artistiques autochtones. Elle a souligné l'importance du Rassemblement national : les Autochtones se sont toujours rassemblés pour mettre leurs idées en commun et trouver des solutions. Mme Mumford a incité les représentants du gouvernement fédéral et des communautés autochtones à continuer de collaborer pour résoudre les problèmes afférents à l'art autochtone et pour provoquer des changements.
Observations de Suzanne Rochon Burnett (Métisse), diffuseur et femme d'affaires
On pourrait résumer ainsi le message clé de Suzanne Rochon Burnett : il est vital d'établir des partenariats entre la communauté artistique autochtone et les décideurs du gouvernement fédéral. Selon Mme Burnett, le Comité consultatif autochtone mis en place par le Conseil des Arts du Canada illustre positivement ce qu'on peut réaliser lorsque la communauté artistique autochtone et des partenaires fédéraux collaborent à la recherche de solutions susceptibles d'améliorer la situation des artistes autochtones du Canada. Même s'il a fallu y mettre du temps, le Conseil des Arts du Canada a été parmi les premiers organismes fédéraux à appuyer manifestement les artistes autochtones en les intégrant aux processus décisionnels. Le Conseil a ainsi embauché six agents autochtones appelés à oeuvrer dans les six grandes disciplines artistiques : lettres et édition, théâtre, musique, arts médiatiques, arts visuels et danse. Pour Mme Burnett, les représentants autochtones doivent être parties prenantes au niveau décisionnel et il appartient aux Autochtones de déterminer quels mécanismes et stratégies de soutien conviennent aux artistes autochtones. Elle a conclu ses remarques en citant Louis Riel : « Quand mon peuple s'éveillera, après un sommeil séculaire, ce sont les artistes qui l'animeront. » (Traduction libre)
DISCUSSIONS EN GROUPE
Les jeunes et les arts
« Il y a une vie artistique très forte chez les jeunes Autochtones. Il faut entretenir ce feu,mais pas avec n'importe quel bois (...) Les musiciens sont des rassembleurs et des modèles pour les jeunes autochtones de 12 ou 13 ans qui les écoutent. Leur musique raconte leur clan et réchauffe la communauté. Si on ne fait rien, le feu va s'éteindre! » -- Florent Vollant, chanteur-compositeur
Panélistes
Minda Forcier (Atikamekw/Abénaquise), chanteuse d'opéra
Jennifer Podemski (Saulteuse), actrice et fondatrice de Big Soul Productions
Jaret Sinclair-Gibson (Métisse), présidente et gestionnaire, Aboriginal Sun and Moon Galleries (Edmonton)
Objectifs
On visait, au cours de cette séance, à étudier les liens entre les jeunes et les arts, sous l'angle guérison, l'existence de programmes de développement des artistes autochtones et l'accès à ces programmes, les stratégies visant à encourager et à soutenir les jeunes artistes autochtones, et les moyens d'accroître la visibilité des jeunes artistes autochtones et de leurs productions.
Résumé
Les panélistes ont souligné l'absence d'un financement durable accessible pour les initiatives des artistes se produisant à l'intérieur des réserves et les difficultés associées à la définition de l'art autochtone par les organismes de financement. D'après eux, il est essentiel de contrer l'appropriation de l'expression artistique autochtone et de mettre en oeuvre des initiatives artistiques de base dans les réserves. Ils étaient d'avis qu'il revient à chacun de créer ses propres possibilités, mais que tous doivent collaborer et s'épauler mutuellement.
Les mesures suggérées comprenaient, entre autres :
- faire en sorte que les jeunes puissent commencer très tôt à se familiariser avec les arts et la culture et qu'ils poursuivent cette démarche tout au cours de leurs études secondaires;
- financer un programme qui permettrait à des mentors et à des sources d'inspiration autochtones de se rendre dans les communautés;
- améliorer l'accès aux médias grand public pour offrir des images positives des jeunes Autochtones.
Le soutien aux artistes
« Je plaide donc pour le soutien massif aux artistes afin que, pour une première fois dans l'histoire, il n'y ait pas de retour en arrière. Qu'il n'y ait pas le piège de l'ignorance et le maintien du statu quo de l'enfermement dans le ghetto figé du folklore et de l'infantilisation culturelle, qui conduit la nouvelle génération vers le désespoir et le suicide. » -- Yves Sioui Durand, auteur dramatique et metteur en scène
« Les idées erronées sur les cultures et l'art autochtones, les sources de financement, un marché de l'art contemporain viable et le manque d'emploi pour les artistes et les conservateurs étaient au nombre des principales difficultés. » -- Catherine Mattes, auteure et conservatrice
Panélistes
Yves Sioui Durand (Huron-Wendat), directeur artistique de la compagnie de théâtre Ondinnok
Sandra LaRonde (Anishinabe), comédienne, auteure et fondatrice de Native Women in the Arts
Carol Geddes (Tlingit), scénariste et productrice
Objectifs
Les participants à cette séance se sont penchés sur l'accès aux programmes fédéraux, le perfectionnement professionnel, les questions relatives au soutien aux artistes autochtones et les stratégies permettant d'appuyer les formes traditionnelles et contemporaines d'expression artistique.
Résumé
Les panélistes ont souligné la puissance et l'importance des arts et des artistes dans la société, ainsi que la responsabilité sociale qui incombe aux artistes. Ils ont parlé de l'aliénation culturelle de nombre de jeunes Autochtones et de l'impérieuse nécessité de s'attaquer à ce problème. Ils se sont montrés critiques face à la perception étroite de l'expression artistique autochtone et ont répété qu'il fallait à tout prix projeter des images positives à l'intention du public. Pour eux, il est essentiel que l'art autochtone ait sa place dans les institutions culturelles du Canada et non pas uniquement dans les centres culturels autochtones; ils ont soutenu qu'il fallait contribuer à l'élargissement de l'auditoire par le biais de stratégies de commercialisation. Ils ont traité de l'importance croissante de l'archivage et de la nécessité de mettre un frein à l'exode des artistes du Nord vers le Sud. Enfin, ils ont formulé le souhait que les ressources humaines des organismes et des ministères soient plus diversifiées, de façon à créer un environnement plus représentatif des réalités autochtones.
Les mesures suggérées comprenaient, entre autres :
- établir un fonds quinquennal spécial afin de soutenir la renaissance artistique et culturelle de la population autochtone du Canada;
- mettre en oeuvre un plan d'action articulé autour de la consolidation des organismes artistiques, du soutien aux artistes, du développement des liens et des échanges entre le Nord et le Sud, de l'aide aux projets spéciaux de grande envergure et à l'infrastructure culturelle, et du financement pour la formation et la guérison;
- créer un programme à l'intention des artistes autochtones inspiré du programme Explorations qui a déjà existé au Conseil des Arts du Canada.
Les formes d'expression traditionnelles
« La voix des grands-mères et des grands-pères nous appelle, nous les artistes autochtones, à parler de la valeur de notre peuple et de la beauté de tout ce qui nous entoure, à bannir tout ce qui nous profane et à atténuer la douleur. Nous portons la voix de la terre et exprimons la vaillance de notre peuple, et on ne nous fera pas taire. » -- Jeannette C. Armstrong, En'owkin Centre
Panélistes
Freda Diesing (Haïda), sculptrice et enseignante
Amos Key (Mohawk), directeur, Programme des langues autochtones, Woodland Cultural Centre
Martha Campiou (Crie), perleuse
Objectifs
La séance avait pour objectif d'étudier les diverses formes de disciplines artistiques traditionnelles, les possibilités, pour les programmes du ministère du Patrimoine canadien, d'englober des formes d'expression traditionnelles et le potentiel « rassembleur » des formes d'expression traditionnelles.
Résumé
Selon les panélistes, il faut que les mécanismes de financement tiennent compte de la diversité des arts traditionnels autochtones. À leurs yeux, les artistes évoluant dans les grands domaines artistiques (cinéma, télévision, édition, théâtre, etc.) semblent avoir davantage accès à des fonds que d'autres types d'artistes autochtones, sculpteurs, rotiniers, artistes qui se produisent lors des pow wows, etc. On estimait que la sauvegarde des langues autochtones, le voisinage des aînés et la possibilité d'entendre leurs récits sont au coeur même des formes d'expression traditionnelles : ces éléments sont indissociables du patrimoine, de l'histoire et de la culture.
Les mesures suggérées comprenaient, entre autres :
- trouver des débouchés pour les disciplines artistiques autochtones authentiques;
- désigner et soutenir un organisme qui serait apte à contrôler l'authenticité des oeuvres d'art traditionnelles;
- élaborer une stratégie de soutien des arts traditionnels tels que les arts visuels et les cérémonies et détecter des mécanismes pour établir une base de données permettant de documenter les langues et les pratiques traditionnelles.
Le rayonnement des arts autochtones
« Nous sommes finalement arrivés à un moment de notre histoire, en tant qu'Autochtones, où il est possible de partager notre art comme expression contemporaine, issue de notre mémoire culturelle - notre histoire cachée : une connaissance composite d'icônes, de symboles et de concepts, d'interprétation et de vision de l'avenir, d'expérimentation et d'expérience, de mouvement et de nouvelle création. Nous prenons toujours sur nous-mêmes nos créations, le devoir de les protéger et de les utiliser à bon escient. » -- Joane Cardinal-Schubert, artiste, auteure et conservatrice
« En plus du rôle crucial qu'il joue dans l'économie du Nord, l'art inuit est aussi un des rares moyens d'expression qui s'offrent aux Inuits. Ce n'est que tout récemment que nous entendons les Inuits parler des nombreuses significations que prend leur travail artistique. Ce travail leur permet non seulement de subvenir aux besoins de leurs familles et de communiquer avec le monde extérieur (la plupart de leurs oeuvres sont destinées à l'exportation), mais il est aussi un puissant moyen d'identification culturelle pour les générations à venir. Cela est d'autant plus important pour les Inuits que leur histoire est orale plutôt qu'écrite. » -- Marybelle Mitchell, Inuit Art Foundation
Panélistes
Audreen Hourie (Métisse), rédactrice en chef, Pemmican Publications Inc.
Dorothy Grant (Kaiganie-Haïda) artiste et propriétaire des lignes de vêtements Feastwear et Dorothy Grant
Jim Compton (Ojibwa) directeur de la programmation, Aboriginal Peoples Television Network
Objectifs
Cette séance avait pour objectif d'étudier les problèmes à surmonter et les possibilités qui s'offrent afin que l'expression artistique autochtone rejoigne les communautés autochtones, la population canadienne dans son ensemble et des publics internationaux, ainsi que les questions relatives à la protection de la propriété intellectuelle sur les marchés de l'art aux échelons local, national et international, et les problèmes d'accès au contenu des nouveaux médias dans les régions éloignées.
Résumé
Pour les panélistes, il est important de transmettre de façon respectueuse les pratiques artistiques traditionnelles et de consigner par écrit les récits autochtones, même lorsqu'ils tirent leur origine d'une tradition orale. Pour ce qui touche aux grands enjeux du rayonnement et de la diffusion de l'art autochtone, les orateurs ont mis en évidence le détournement de la culture autochtone, le manque de ressources pour les nouveaux artistes, l'absence de reconnaissance de certaines formes d'art et la nécessité de développer des auditoires et des marchés ainsi qu'une infrastructure.
Les panélistes ont expliqué que peu d'artistes réussissent à vivre de leur art et que ceux qui y parviennent s'inquiètent de ce qui pourrait se produire si leur art devait être l'objet d'une commercialisation outrée. Ils ont rappelé l'importance d'un contrôle minutieux de la diffusion et du rayonnement de l'art autochtone et se sont dits inquiets devant l'absence de mesures visant à protéger les artistes entrepreneurs hors des frontières du Canada.
Mesures suggérées :
- créer un salon professionnel des artistes autochtones du Canada;
- instaurer un programme d'échanges commerciaux pour diffuser les oeuvres d'art autochtones;
- assurer au Aboriginal Peoples Television Network (APTN) un budget pour les coproductions.
Les nouveaux médias
« L'art, en tant qu'élément de la Toile universelle, en est encore à ses balbutiements. Il est vrai que beaucoup de sites présentent des oeuvres d'art et des artistes, mais nous en sommes encore à conceptualiser le cyberespace comme site de production et de diffusion d'oeuvres. L'avenir de cette technologie tient au développement de « réseaux conceptuels », c'est-à-dire de lieux d'expérimentation, d'interaction et de diffusion pour les artistes. On pourrait dire que c'est encore plus vrai pour les artistes autochtones en raison des diverses divisions géographiques et de l'histoire de leurs relations avec la collectivité artistique dominante. » -- Steven Loft, auteur, artiste des nouveaux médias et conservateur autochtone en résidence, Art Gallery of Hamilton
Panélistes
Wayne Clark, fondateur et directeur, Unlimited Digital Communications, Inc.
Cynthia Lickers (Mohawk), directrice artistique, Centre for Aboriginal Media, et directrice de la programmation, imagineNATIVE Media Arts Festival
Mike MacDonald (Mi'kmaq), artiste des nouveaux médias et lauréat du Prix d'excellence aux Autochtones des réalisations en nouveaux médias
Objectifs
Cette séance avait pour objectif d'étudier les possibilités créatrices offertes par les nouveaux médias (oeuvre musicale, diffusion, graphisme, animation, production cinématographique, conception de jeux, etc.), l'utilisation potentielle des nouveaux médias comme outils de rayonnement et de promotion de la culture autochtone aux échelons local, national et international, et les stratégies relatives à l'accès dans les régions éloignées.
Résumé
Les panélistes ont mis en relief les nombreuses ressources accessibles aux artistes autochtones oeuvrant dans le domaine des nouveaux médias et les enjeux associés au soutien des nouveaux médias. Ils ont expliqué à quel point il leur était difficile de se faire entendre par l'intermédiaire des médias grand public et ont décrit la problématique qu'ils avaient à résoudre en utilisant la nouvelle technologie sans mettre en péril leur culture traditionnelle (opposition entre tradition orale et technologie). Ils ont traité de la propriété intellectuelle, des droits de propriété et des coûts élevés du recours à la nouvelle technologie, impératifs avec lesquels doivent composer les artistes des nouveaux médias.
Mesures suggérées :
- créer un comité consultatif sur les nouveaux médias;
- mettre en place un portail Internet hébergeant les artistes des nouveaux médias pour assurer la présence d'artistes professionnels sur le Web et faire connaître ce portail partout dans le monde;
- créer d'autres lieux où on puisse avoir accès à l'équipement et aux outils des nouveaux médias (tels que le Banff Centre for the Arts).
LA VOIE DE L'AVENIR
« Une fois mon peuple - notre peuple - réveillé, son essor sera phénoménal. »
-- Alex Janvier
On a invité les orateurs qui avaient pris la parole au début du Rassemblement national sur l'expression artistique autochtone à livrer leurs impressions au cours de la séance de clôture.
Obervations d'Alex Janvier
Alex Janvier a invité les participants à se montrer courageux, à rêver, à croire en eux et à fouiller au plus profond d'eux-mêmes : ils y trouveront la magie qui animait leurs ancêtres et seront ainsi à même de la transmettre aux jeunes. Il a parlé de la lutte constante que doivent mener les artistes autochtones et du manque de reconnaissance et de soutien, éléments qui hypothèquent leur libre expression. Il a exposé sa vision du Canada : un pays qui englobe les Autochtones, mais aux conditions fixées par ces derniers. Il a demandé aux participants de répandre ce message dans leurs communautés, indiquant que les Autochtones sont plus forts qu'ils ne le croient, un concept qu'il véhicule lui-même dans son oeuvre.
Observations d'Alanis Obomsawin
Alanis Obomsawin a insisté sur le besoin de solidarité chez les Autochtones. Pour elle, ce Rassemblement constituait une première : elle n'avait jamais assisté à une activité regroupant autant d'Autochtones à la fois. Elle a parlé de l'importance des institutions culturelles canadiennes et des progrès que celles-ci ont accomplis ces dernières années. Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour améliorer les relations interraciales au sein de ces institutions et de tous les ordres de gouvernement, mais les Autochtones eux-mêmes sont en mesure d'améliorer grandement les choses. Pour Mme Obomsain, importe de ne pas se laisser aller au découragement; elle a pressé la communauté artistique autochtone de se montrer fière de ses réalisations et les artistes de continuer à s'épauler les uns les autres.
Observations de Gerald McMaster
Gerald McMaster s'est dit reconnaissant qu'on lui ait donné la chance d'exprimer son point de vue dans le cadre du Rassemblement et de prendre part à des discussions sur la souveraineté culturelle autochtone. Il a parlé des retombées du rapprochement entre Européens et Autochtones et a indiqué qu'il fallait tout mettre en oeuvre pour transmettre les valeurs et les philosophies traditionnelles aux générations futures. Il a raconté l'émotion qui l'a transporté lors du spectacle Dreamweavers, spectacle qui, soutient-il, illustre à merveille la rencontre des courants artistiques traditionnel et contemporain. Selon lui, les spectacles modernes et l'expression artistique ne sont pas incompatibles avec les traditions qui ont cours dans les communautés et ne les entravent en rien; à ce chapitre, il y a simplement coexistence. Les Autochtones constatent que le monde autour d'eux a changé et qu'il va continuer à changer; ils n'ignorent pas qu'ils devront s'y faire et, parallèlement, qu'ils devront conserver leur culture et leurs traditions. Par le passé, d'après M. McMaster, les institutions culturelles ont mal compris la culture et les traditions autochtones, mais les choses se sont passablement améliorées ces dernières années : la conjoncture évolue, phénomène attribuable en grande partie aux artistes.
Observations de Lucie Idlout
Pour Lucie Idlout, le Rassemblement s'est révélé une merveilleuse tribune où renouer avec des collègues, établir de nouvelles relations, assister à des spectacles et s'y produire. Elle aurait apprécié qu'on offre plus de possibilités d'entendre ce que les autres participants avaient à dire et qu'on fasse une plus grande place aux arts visuels, à la littérature et aux arts des médias. Tout en jugeant favorablement le Rassemblement, Mme Idlout a insisté sur la nécessité d'une volonté politique de procéder aux modifications qui s'imposent au regard des politiques et des programmes si on veut tenir compte de la réalité de l'expression artistique autochtone.
À la fin de son intervention, Lucy Idlout a présenté à la ministre Sheila Copps une déclaration signée par environ 120 artistes (voir la page suivante).
DÉCLARATION
Rassemblement national sur l'expression artistique autochtone
Ottawa (Ontario)
Juin 2002
ATTENDU QUE certains des plus éminents artistes autochtones du Canada se sont réunis à Ottawa dans le cadre d'une conférence sur l'expression artistique autochtone à l'invitation de l'honorable Sheila Copps, ministre du Patrimoine canadien;
ATTENDU QUE les artistes autochtones contribuent énormément aux arts au Canada et à l'étranger et que, dans cette optique, on devrait reconnaître leur valeur et leur faciliter la tâche;
ATTENDU QUE nous reconnaissons et apprécions sincèrement les mesures positives prises par Patrimoine canadien pour venir en aide aux arts et aux artistes autochtones;
Il est impératif que le gouvernement du Canada prenne acte des déclarations réitérées par les artistes prenant part à cette conférence et à celles qui l'ont précédée quant à la nécessité d'offrir un soutien financier direct aux artistes eux-mêmes quelque soit l'art qu'ils pratiquent, aux organismes culturels autochtones et aux institutions autochtones oeuvrant à la promotion et à la sensibilisation dans le domaine des arts;
Et qu'il soit dès lors résolu que Patrimoine canadien et des artistes autochtones élaborent un plan d'action tenant compte à la fois des conclusions et des pétitions présentées par les artistes;
De plus, que le plan d'action prenne en considération les perspectives et les besoins propres aux artistes métis, inuits et membres des Premières nations, ainsi qu'à leurs communautés.
MOT DE LA FIN DE L'HONORABLE SHEILA COPPS
La ministre a parlé des enseignements qu'elle aura tirés du Rassemblement et de sa détermination à mettre à profit l'information recueillie. C'est la première fois, en six ans passés comme ministre du Patrimoine canadien, qu'elle prenait part à une activité bénéficiant d'un tel niveau de participation de la communauté artistique autochtone. Selon elle, ce Rassemblement a marqué le début et non la fin d'un processus. Des événements semblables, a-t-elle soutenu, contribuent à contrer le racisme au sein des institutions gouvernementales en ce sens qu'ils rapprochent et sensibilisent. L'établissement de liens compte parmi les éléments les plus importants du Rassemblement : c'est par de tels rapprochements que nous sommes à même d'amorcer des discussions et de nous ressourcer ensemble.
Selon la ministre, diverses voies sont envisageables; ainsi, on pourrait :
- mettre en place un comité consultatif autochtone qui conseillerait le Ministère quant à l'élaboration d'un plan d'action sur les arts et la culture autochtones, mesure qui a été suggérée dans la déclaration présentée à la ministre;
- cerner des solutions qu'on intégrerait au plan d'action. Il ne suffit pas de distribuer des subventions aux artistes autochtones, il faut viser l'acquisition de la capacité;
- être à l'affût des possibilités de mettre en place l'infrastructure à l'intention des artistes autochtones de sorte qu'on puisse soutenir, diffuser et promouvoir leur art.
CONCLUSION
La conférence, conçue avec la collaboration du Comité consultatif autochtone, avait pour but de donner aux principaux décideurs l'occasion de se familiariser avec l'expression artistique autochtone et d'ouvrir la voie au changement institutionnel. Le Rassemblement national sur l'expression artistique autochtone a constitué, pour le Ministère, une étape importante vers l'atteinte de cet objectif.
Afin de donner suite aux nombreuses et importantes questions soulevées durant la conférence, ainsi qu'à la déclaration présentée à la ministre à cette occasion, le ministère du Patrimoine canadien est en train de mettre sur pied une direction générale des affaires autochtones qui permettra, en partie, de renforcer la capacité du Ministère de se pencher sur les questions qui se posent à la communauté artistique autochtone canadienne. Cette direction générale verra aussi, en consultation avec les membres de la communauté artistique autochtone, à mettre en place un cadre stratégique pour l'élaboration d'un plan d'action au regard de l'art autochtone. Ce cadre sera présenté au Rassemblement national sur le tourisme et les cultures autochtones qui aura lieu à l'automne 2003.
Le Rassemblement national sur le tourisme et les cultures autochtones prendra appui sur les recommandations de première importance contenues dans le présent rapport. Les idées exprimées au cours du Rassemblement sur l'expression artistique autochtone nous aideront à cerner les questions qui seront examinées, en collaboration avec les membres de la communauté autochtone et les organismes du portefeuille du Patrimoine canadien, lors du Rassemblement sur le tourisme.
Pour conclure, le ministère du Patrimoine canadien aimerait exprimer sa sincère reconnaissance à tous ceux et celles qui ont participé à l'importante initiative qu'a été la conférence. Nous continuerons à travailler avec la communauté autochtone et ensemble, nous croyons qu'il nous sera possible de façonner un avenir où, tel que la ministre, l'honorable Sheila Copps, l'a déclaré, l'on trouvera « de nouvelles façons d'appréhender notre patrimoine. »
ACTIVITÉS ET MANIFESTATIONS ARTISTIQUES
On a pu apprécier, au cours du Rassemblement, la diversité et la richesse de l'expression artistique autochtone. Concrétisant les concepts sous-jacents à la conférence, les activités artistiques se voulaient une reconnaissance, de la part du gouvernement du Canada, de l'importance des arts et de la culture autochtones et, parallèlement, une fête célébrant l'excellence dans le domaine des arts.
Réception en soirée au Musée canadien de la nature
La réception devait permettre aux participants de se rencontrer, d'échanger des points de vue avant l'ouverture officielle du Rassemblement et d'assister à un court spectacle à l'auditorium. Lucie Idlout et Louis Amik Lalonde ont agi comme hôtes de cette soirée, qui s'est déroulée dans une ambiance chaude et amicale.
BONES, un opéra-danse autochtone
Bones est le premier opéra-danse autochtone du monde à être chanté dans la « langue universelle » créé par l'auteure, compositrice et metteur en scène, Sadie Buck. Présenté pour la première fois par le programme des arts autochtones du Banff Centre, à l'été 2001, ce spectacle fait appel au moderne et au traditionnel.
en scène associé :
Dîner au Centre national des Arts
Après une journée bien remplie, on a invité les délégués à un dîner préparé par le chef David Wolfman et servi sous la tente dressée sur la terrasse du Centre national des Arts. Le menu concocté par le chef Wolfman se voulait un hommage aux Métis, aux Premières nations et aux Inuits.
Dreamweavers
À la fin de la première journée, on a pu assister à une représentation de Dreamweavers, de Tom Jackson. Ce spectacle prometteur, qui commence dans l'obscurité complète au son d'un tambour rythmant les battements d'un coeur, a eu un succès retentissant; il s'agit là, sans conteste, d'un des moments forts du Rassemblement.
Kiosques
Pendant toute la durée du Rassemblement, plus de vingt kiosques étaient accessibles dans la Grande Galerie du Musée canadien des civilisations. Le ministère du Patrimoine canadien figurait parmi les exposants, tout comme d'autres ministères fédéraux, des organismes du portefeuille du Patrimoine canadien et des organismes du monde des arts et de la culture tels que First (une initiative du centre d'amitié autochtone St. John's), la Christina Parker Gallery et l'Aboriginal Book Publishers of Canada. Trois artistes, Daniel Smith (fabricant de canots), Davidee Italu (gravure sur ivoire) et Janelle Reynolds (broderie en poil de caribou), ont en outre fait connaître des techniques ancestrales aux délégués et aux spectateurs.
Réunion des représentants de l'industrie de la musique
Malgré un horaire très chargé, les participants en ont profité pour nouer de nouveaux liens et pour renforcer ceux qui existaient déjà, comme l'illustre la réunion officieuse de musiciens et d'autres acteurs de l'industrie de la musique réunis à la demande du chanteur Curtis « Shingoose » Jonnie. Au cours de la réunion, on a manifesté un appui non équivoque à la création de la NAMIA (National Aboriginal Music Industry Association). On devrait d'ailleurs tenir sous peu une réunion de fondation de cette association.
Atanarjuat
Après avoir participé à la clôture officielle du Rassemblement national sur l'expression artistique autochtone, les délégués ont été invités à assister à la projection du magnifique film de Zacharias Kunuk, Atanarjuat, l'homme rapide (gracieuseté d'Odeon Film). Natar Ungalaaq, vedette du film, a souhaité la bienvenue aux spectateurs en inuktitut et en anglais.